PNL et ou HYPNOSE

PNL et Hypnose sont dans un bateau…

Mais non, rassurez vous, personne ne va tomber à l'eau ! Il faut bien reconnaître que les deux approches sont souvent citées ensemble, qu'elles sont enseignées dans les mêmes lieux et parfois par les mêmes personnes. Sont-elles différentes, opposées ou opposables,  complémentaires ou bien encore et tout simplement comparables ? D’autres questions se posent à celles et ceux qui veulent développer leur connaissance de soi, leur maîtrise émotionnelle, leurs compétences relationnelles ou acquérir des outils d’accompagnement et d’aide à autrui. Qu'apportent ces deux approches, qu’ont-elles de commun, de différent, bref, quel est le bon choix ?

A ces questions on peut rajouter celles que se posent les personnes ayant suivi un stage de PNL ou d'Hypnose au sujet de l'approche dont elles n'ont souvent eu qu'un faible aperçu:

- Ne vais-je pas perdre mon temps ?

- Est-ce que ça vaut vraiment le temps et l'argent qu'il faut y consacrer ?

- J'ai déjà beaucoup d'outils dont je ne me sers pas, ne devrais-je pas approfondir ceux que j'ai déjà appris et expérimentés ?

 

Un peu d’histoire

Pour répondre de façon directe et indirecte à toutes ces questions, il nous faut, dans un premier temps, nous pencher sur la genèse de ces approches.

C'est au début des années 70 que Richard Bandler entreprend la modélisation du travail de Fritz Perls et Virginia Satir. Quand il rencontre, avec John Grinder, Gregory Bateson, celui-ci les encourage à modéliser le travail de Milton Erickson.

C'est principalement sur ce travail que se sont basés Bandler et Grinder pour mettre en place les fondements de leur approche qu'ils appelleront Neuro Linguistic Programing.  Si la PNL se veut, au départ, être une approche pragmatique de modélisation de l'excellence humaine, on ne peut que constater qu'à l'arrivée elle est constituée de près de 80% de ce qui faisait la spécificité de Milton Erickson, considéré comme étant le père des thérapies brèves.

La plupart des postulats et des techniques de la PNL sont le résultat de la modélisation de la pratique de Milton Erickson. Nous voilà donc au cœur de la confusion qu'engendre la compréhension de la PNL et de sa relation avec l'hypnose éricksonienne.

Musique et partition

La PNL est donc une approche permettant de modéliser les comportements d'excellence et elle s'appuie pour cela sur les techniques qu'elle a décodé de la pratique de Milton Erickson… ça va, vous suivez ?

Dans un premier temps et si l'on veut absolument résumer la situation, il est possible de dire que si l'hypnose éricksonienne est une forme de langage et de communication la PNL en constitue sa grammaire.

En effet, la PNL décrit avec une grande précision les règles implicites d'une communication réussie telle que le développait Milton Erickson et sa pratique permet donc, dans une certaine mesure, d'en reproduire les principaux aspects et résultats.

Postulats et présupposés

PNL et Hypnose ont donc, apparemment, en commun un ensemble de présupposés sur la nature humaine, les ressources que nous possédons pour atteindre nos objectifs et le caractère subjectif de notre expérience. Pratiquement tous les présupposés utilisés par Milton Erickson sont explicités par la PNL dans ce qu'elle appelle des postulats.

Pourquoi apparemment ? Il existe en fait une différence très importante entre un présupposé et un postulat. Le postulat fait partie du domaine des savoirs alors que le présupposé, c'est à dire l'idée posée avant l'action est un savoir être qui ne nécessite aucune volonté ou action mentale de celui qui l'a intégré.

J'imagine que vous avez lu entre les lignes la première différence importante et la parfaite complémentarité de ces deux approches….

Pour l'hypnose – dans cet article nous parlons toujours d'hypnose éricksonienne – la relation avec le sujet repose sur des savoir-être humanistes qui deviennent des savoir-faire en PNL.

C'est la différence qu'il y a entre des présupposés et des postulats. Au demeurant, rien n'empêche un praticien en PNL d'intégrer ces savoir-faire pour les transformer en savoir-être, mais c'est là un autre débat que nous n'ouvrirons pas !

Cette différence essentielle montre, si besoin est, un aspect important de la complémentarité des deux approches. Un praticien PNL gagnera en fluidité et en efficacité dans ses relations thérapeutiques ou interpersonnelles grâce à l'apprentissage de l'hypnose et le praticien en hypnose pourra acquérir une meilleure compréhension intellectuelle de ce qu'il met en œuvre de façon instinctive.

Conscient et inconscient

Les notions de conscient et d'inconscient dont nous parlerons ici sont à prendre d'un point de vue cognitif, hors toute considération freudienne.

Milton Erickson ne manquait pas de rappeler à ses étudiants de faire confiance en leur inconscient, ce à quoi Richard Bandler rajoutait " faire confiance à son inconscient, oui, surtout s'il a beaucoup travaillé !"

Au delà de la boutade et de l'anecdote, nous pouvons lire là une différence fondatrice entre l'hypnose, qui mise sur une relation de confiance entre conscient et inconscient, et la PNL, qui préfère un contrôle de l'inconscient par le conscient !

Là où la PNL proposera des modèles structurés et facilement contrôlables par le conscient, l'hypnose privilégiera l'intuition, le lâcher prise et la relation de confiance avec son propre inconscient, que l'on soit praticien ou sujet.

Deux visions différentes de l'être humain, deux modèles cohérents mais qui reposent sur des bases ou plutôt des paradigmes opposés… et complémentaires.

Nous allons rapidement retrouver cette différence dans l'apprentissage des compétences linguistiques des deux approches.

Les compétences linguistiques

Pour Milton Erickson le langage doit être utilisé pour générer une forme de confusion ou de flou dans les représentations mentales qui oblige le sujet à être créatif en générant des représentations facilitantes.

Les catégories linguistiques du Milton modèle – c'est ainsi que l'on nomme les différentes catégories linguistiques qui caractérisent le langage éricksonien – sont utilisées pour créer un ensemble de possibles et une complexité des représentations à l'intérieur desquels le sujet trouve la solution au problème qui le préoccupe. Il ouvre un champ du possible là ou ses représentations l'enfermaient dans un problème insoluble tant la représentation pouvait être unique et seule possible.

A contrario, la PNL, grâce à l'utilisation du méta-modèle, ce modèle linguistique fait de questions visant à éliminer toute forme de généralisation, omission ou distorsion, est un formidable réducteur de confusion, un clarificateur de représentations mentales.

Grâce à son utilisation le sujet peut alors réduire le stress lié à la complexité de son problème et lui permet de modifier sa représentation mentale de la situation pour la rendre opérationnelle.

Il est à noter que la PNL utilise principalement le méta modèle pour établir un diagnostic et pour permettre au sujet une compréhension de son problème par une simplification non réductrice de ses représentations mentales, alors que l'hypnose utilise son modèle linguistique pour ouvrir un champ du possible dans la création des solutions au problème. Vous le voyez, les deux modèles linguistiques aux buts diamétralement opposés sont en fait complémentaires dans la pratique.

Mais prenons un autre domaine, celui des "techniques".

Contrôle et savoir-être

La PNL exige une grande concentration et une prédominance du conscient afin de contrôler les processus de modifications des représentations du sujet.

Sujet qui, pour le coup, reste lui aussi dans le domaine du conscient, tentant de répondre aux injonctions du praticien et qui font largement appel au conscient.

Avec l'hypnose éricksonienne, praticien et sujet font largement appel à leur inconscient. Pour le praticien c'est l'ouverture vers son intuition afin d'établir une relation de confiance et de respect, pour le sujet c'est la création d'un champ du possible par la création d'une représentation dans laquelle l'inconscient prend toute sa place. Le langage inductif et dépourvu de tout contenu spécifique du praticien va en effet permettre l'émergence de représentations mentales, créations de l'inconscient du sujet.

Mais il y a mieux, ou pire, selon le point de vue, lorsque le praticien accède à ses propres représentations mentales émergeant de son inconscient et les suggère au sujet à l'aide d'un langage inductif, il lui laisse un espace respectueux de liberté et de créativité !

Nous sommes certainement là au cœur de la différence entre ces deux approches et sans doute à la limite des possibilités de la finalité de la PNL qu'est la modélisation.

La PNL a largement démontré que l'on pouvait modéliser toute sorte de savoir-faire et depuis plus de 30 ans qu'elle est utilisée dans des domaines aussi variés que l'entreprise, le sport, la psychothérapie ou le développement personnel. Les exemples et les preuves de son efficacité et de sa fiabilité ne manquent pas.

Cependant il reste un domaine auquel se heurte le conscient, celui du savoir-être, de l'intuition et du lâcher prise qu'apporte la pratique de l'hypnose éricksonienne et les qualités de cœur de celui ou celle qui la pratique.

La pratique pour soi

Une des limites que rencontre l'apprenant dans son parcours PNL est étroitement liée à ce qui précède. La grande majorité des personnes qui viennent apprendre à pratiquer les techniques de la PNL viennent pour les pratiquer sur eux même, et même si quelques thérapeutes ou accompagnants suivent le cursus pour une utilisation professionnelle,  ils ne parviendront à une pratique fluide et efficace que s'ils ont expérimenté sur eux même les différents outils du praticien PNL.

La difficulté est réelle pour bon nombre d'entre eux. Les techniques de la PNL font appel à des états modifiés de conscience qu'ils ne maîtrisent pas  et qui font partie des savoir-faire que n'enseigne pas la PNL.
La complémentarité de l'hypnose éricksonienne est alors encore plus évidente en ce domaine.

L’auto-hypnose

Il me faut faire ici un aveu de taille… l'hypnose n'existe pas, seule existe l'auto-hypnose, c'est à dire la capacité à modifier et gérer ses propres états de conscience. L'apprentissage de l'hypnose, et c'est là son secret, réside donc dans l'apprentissage de l'auto-hypnose, contrairement à la PNL dans  laquelle cette notion n'existe pas.

Nombreux sont les pratiquants de la PNL qui ne parviennent que difficilement à appliquer sur eux mêmes les techniques apprises en cours.
Le dialogue interne généré par le contrôle du conscient interdit alors toute forme d'accès aux états modifiés de conscience nécessaire aux changements attendus.

Seul l'apprentissage de l'auto-hypnose va permettre l'autonomie et la liberté du praticien dans le rythme et les choix qu'il voudra faire pour son développement personnel.

Mais il y a plus encore pour finir d'opposer ces deux approches à la nécessaire et indispensable complémentarité.

La dimension conversationnelle

La pratique des compétences linguistiques de l'hypnose éricksonienne permet alors d'en faire une approche conversationnelle pratiquement invisible et surtout non intrusive. Certes la PNL enseigne de puissants outils de changement ou d'évolution et en cela elle n'est plus aujourd'hui confinée au cabinet de psychothérapeutes orientés thérapies brèves et orientées solutions.

Mais elle reste impraticable dans bon nombre de domaines.

Entreprises, mais aussi et tout simplement relations familiales et amicales ne sont pas des contextes dans lesquels ancrages ou recadrages peuvent être pratiqués de façon élégante et invisible !

En revanche l'hypnose apporte, par les compétences linguistiques qui sont son ADN, la possibilité d'aider, d'accompagner, de suggérer solutions et ressources par le biais de métaphores ou simplement de relations conversationnelles.

En Conclusion...

Les deux modèles sont donc parfaitement opposés dans leurs fondements et complémentaires dans leur utilisation et leur apprentissage peut parfaitement se faire dans les deux sens:
Hypnose -> PNL ou PNL-> Hypnose

Sans doute peut-on voir et considérer la PNL comme le passage incontournable à l'apprentissage des savoir-être de l'hypnose. J'ai, pour ma part, la faiblesse de penser que pour certaines personnes, dont je fais partie, le chemin inverse n'aurait pu exister.

La PNL m'a attiré car j'avais besoin de pouvoir contrôler et maîtriser mes propres processus, mes représentations et mes émotions. Puis la confiance en moi est apparue, lentement, de façon presque invisible et c'est alors que j'ai pu débuter l'apprentissage de l'hypnose, de cette relation de confiance entre mon conscient et mon inconscient, impossible et même impensable, quelques années auparavant.

Pour d'autres, au contraire, la PNL et ses modèles hyper structurés étaient l'antithèse de leur approche de la relation avec les autres et avec eux-mêmes. L'hypnose devient alors la voie royale pour accéder à cette face cachée d'eux-mêmes et ce n'est que bien plus tard, en recherche de structures et de compréhension qu'ils accèdent à la PNL.

Concluons cette conclusion !

PNL et Hypnose sont dans un bateau, ou plutôt sont le bateau. L'un est la voile, l'autre la coque, les deux se complètent harmonieusement pour amener le chercheur d'évolution au cœur des changements auxquels il aspire et qui feront de lui un Être Humain chaque jour meilleur.

Pierre Arthapignet