Hypnose et Clean Language

 

Une des principales caractéristiques de l'hypnose éricksonienne est, sans aucun doute, l'ensemble des présupposés qui sous-tendent cette approche.

Un ensemble qui forme une véritable "philosophie" dont découlent les stratégies et les techniques qui seront ensuite utilisées par le praticien.
La non-directivité occupe une place prépondérante dans ce savoir être qui confine à l'ontologie de l'hypnothérapeute.

Milton Erickson disait que "….la première chose à faire en psychothérapie est de ne pas essayer de contraindre l'être humain à modifier sa manière de penser ; il est préférable de créer des situations dans lesquelles l'individu modifiera lui-même volontairement sa façon de penser."

On lit bien ici la différence qu'il convient de faire entre l'attitude directive et la philosophie "non-directive", philosophie dont Carl Rogers a fait le concept de base de son approche.
Cette différenciation est essentielle dans la pratique de l'hypnose éricksonienne. C'est elle qui donne une place centrale à l'apprentissage du Milton Modèle.

C'est en 2001 à Paris que j'ai eu l'occasion d'assister à une présentation du Clean Language par Penny Tomkins et James Lawley et découvert par la même occasion le magnifique travail initié par David Grove, le créateur de cette approche.Portrait de David Grove
Comment ne pas faire alors le parallèle avec l'hypnose éricksonienne et les métaphores ? Parallèle, différenciation et finalement syncrétisme, j'ai très rapidement intégré le concept dans mon enseignement et ma pratique.

Le "Clean Language" est une puissante approche si tant est que le praticien en intègre les présupposés et ne cherche pas à l'appliquer d'une façon mécanique en singeant une série de questions relativement simples.

Elle permet un accompagnement centré sur l'expérience subjective du patient qui s'exprime bien sûr par les mots mais aussi corporellement. Elle relie le conscient du sujet à ses représentations inconscientes, à sa métaphore intérieure.
Nous construisons le sens que nous voulons, ou pouvons, donner aux évènements extérieurs que nous vivons. Notre inconscient opère alors à partir de représentations métaphoriques qu'il construit et à partir desquelles il fonctionne ensuite.

Milton Erickson l'avait bien compris, lui qui avait appris la langue dans laquelle s'exprimait un de ses patients. Langue que la patient avait inventé !

La transformation de l'individu ne peut venir que de l'intérieur, nous le savons bien. La véritable découverte provient alors de cette structure subjective que constitue la métaphore interne du sujet.

C'est là que se situe tout l'intérêt du Clean Language. La démarche est limpide, facile même et n'engendre aucune souffrance psychique. Tout se déroule en douceur tant l'intervention du praticien est transparente pour le sujet.

C'est un accompagnement respectueux mais talentueux qui permet au sujet de rester connecté à son expérience interne et son inconscient le laisse d'autant plus connecté à ses représentations que rien ni personne ne cherche à le contraindre ou le contrarier.

Cette posture, faite d'attention et de respect de l'autre, permet la découverte, l'acceptation puis favorise la transformation intérieure, celle à partir de laquelle nous fonctionnons tous.

Le Clean Language n'est pas une invention ex nihilo. Milton Erickson le pratiquait sans aucun doute de façon empirique et il fallut attendre la PNL pour modéliser une pratique qu'Erickson lui-même ne s'expliquait pas.

Communication intra personnelle, langage non verbal, spatialisation des représentations subjectives, symbolisme et constructions métaphoriques sont, entre autres, les fondements du Clean Language.

Mais ici, comme dans l'hypnose éricksonienne, la rationalisation et/ou l'intellectualisation laisse la place à l'expression de l'expérience subjective, de manière simple et conversationnelle.

Associé aux compétences de l'hypnose éricksonienne le Clean Language devient alors un bel outil de diagnostic et d'intervention pour le praticien en recherche d'élégance et d'efficacité.

Bien sûr c'est dans le domaine de l'accompagnement et de la psychothérapie que ce modèle trouvera sa place…
Mais pas que !

C'est en fait et d'une façon plus globale, dans toute démarche de recherche de solution ou de compréhension d'un problème.
Que l'on soit dans une relation de coaching, de formation ou d'éducation, toutes les situations d'accompagnement individuel justifieront de son usage et pourquoi pas de son abus !

Pierre Arthapignet
Enseignant PNL et Hypnose Ericksonienne