Par Philippe Laporte

Résumé : Les théories de Freud sont un reflet de ses névroses, qu'il croit universelles.

Son aversion pour le comportement sexuel de son père est à l'origine du complexe d'Œdipe. Jakob Freud occupe dans la vie de son fils Sigmund une place prépondérante, mais ses rapports avec lui sont extrêmement ambivalents. Peu d'hommes ont exprimé avec autant de conviction que Sigmund Freud, dans sa théorie du complexe d'Œdipe, leur désir de tuer le père.
Il se dit pourtant très attaché à Jakob son vieux père. Au cours de l'été 1908(1), soit 12 ans après la mort de son père survenue le 23 octobre 1896, en préfaçant la seconde édition de L'Interprétation des rêves, Freud écrit :

[Ce livre est] un morceau de mon auto-analyse, ma réaction à la mort de mon père, l'événement le plus important, la perte la plus déchirante d'une vie d'homme.(2)

12 ans plus tôt, 3 jours après la mort de son père, Freud écrivait à son ami Wilhelm Fliess :

La mort de mon vieux père m'a profondément affecté. (...) Il a joué un grand rôle dans ma vie.(3)


Mais on lit quelques lignes plus loin :

Il faut que je te raconte un joli rêve que j'ai fait pendant la nuit qui a suivi l'enterrement. Je me trouvais dans une boutique où je lisais l'inscription suivante : On est prié de fermer les yeux J'ai tout de suite reconnu l'endroit, c'était la boutique du coiffeur chez qui je vais tous les jours. Le jour de l'enterrement, j'avais dû attendre mon tour et étais, à cause de cela, arrivé un peu en retard à la maison mortuaire. (...) La phrase de l'écriteau a un double sens.(4)

 

Abus sexuels

Ce double sens, Freud le donne dans "L'interprétation des rêves" où, revenant sur ce rêve, il écrit la phrase de deux façons : "On est prié de fermer les yeux" et "On est prié de fermer un œil". Il précise ensuite la signification de l'expression allemande “ fermer un œil ” : user d'indulgence (équivalente à l'expression française “ fermer les yeux ”)(5).

Le puissant attachement filial de Freud le conduit donc à éprouver le besoin de fermer les yeux sur les fautes de son père.

La migraine hystérique accompagnée d'une sensation de pression au sommet du crâne, aux tempes et autre, est caractéristique des scènes où la tête est maintenue dans un but de pratiques buccales (Plus tard une répulsion envers les photographes qui emploient un serre-tête).

Malheureusement mon propre père était un de ces pervers, il est cause de l'hystérie de mon frère (dont les symptômes sont dans l'ensemble des processus d'identification) et de certaines de mes sœurs cadettes. La fréquence de ce phénomène me donne souvent à réfléchir.(6)

Freud pense à ce moment-là avoir découvert la solution d'un problème médical plusieurs fois millénaire en identifiant la cause de l'hystérie, jusque-là mystérieuse. Cette cause réside selon lui dans des abus sexuels subis du père ou d'un oncle pendant l'enfance.

Je vais donc commencer par le commencement et t'exposer la façon dont se sont présentés les motifs de ne plus y croire (…) Puis la surprise de constater que, dans tous les cas, il fallait accuser le père de perversion, le mien non exclu.(7)

 

La phrase de Freud sur la nécessité de fermer les yeux sur les fautes de son père prend ici tout son sens.

Et Freud ne le sait d'ailleurs pas, mais sa première hypothèse aurait également pu l'obliger à accuser son ami Wilhelm Fliess. D’après Jeffrey Moussaieff Masson, Robert Fliess, le fils de Wilhelm, aurait en effet été, avant l’âge de quatre ans, victime d'abus sexuels perpétrés par son père.(8)

Il est donc plausible […] que Wilhelm Fliess ait exercé une influence sur Freud pour le faire renoncer à sa croyance au rôle des abus sexuels dans la genèse des névroses. On sait que les réactions de Fliess par rapport à cette théorie sont négatives et l'affaire Emma Eckstein témoigne de la grande influence de Fliess sur Freud.(9)

Répudiation

Jakob Freud, le père de Sigmund, est également soupçonné par certains historiens de la psychanalyse d'une autre faute, celle d'avoir abandonné sa seconde épouse Rebekka et peut-être même de l'avoir conduite au suicide, pour épouser la jeune et belle Amalia Nathansohn - de vingt ans plus jeune que lui - qui deviendra la mère de Sigmund.

Jakob Freud naît le 18 décembre 1815 à Tysmenitz en Galicie. On ignore la date de son premier mariage avec Sally Kanner, ainsi que la date de naissance de Sally. On sait seulement que leur premier fils Emmanuel naît en avril 1833, alors que son père Jakob n'a que 17 ans.

Jakob Freud effectue ensuite de fréquents voyages commerciaux à Freiberg en Moravie et finit par s'y installer à partir de 1840 avec ses deux enfants. Cependant il n'existe aucun indice de la présence de son épouse Sally à Freiberg. On sait par contre par un registre de recensement de Freiberg qu'en 1852 Jakob a épousé une autre femme, Rebekka. Le biographe officiel de Freud, Ernest Jones, affirme que la raison de la séparation entre Jakob et Sally est le décès de cette dernière en 1852, mais Max Schur et Wladimir Granoff affirment que les indices manquent pour le prouver(10).

Il n'est donc pas exclu non plus que le couple se sépare pour une autre raison : peut-être Jakob rencontre-t-il Rebekka au cours de ses voyages à Freiberg et abandonne-t-il tout simplement Sally lorsqu'il vient s'y installer.

On ne sait presque rien de Rebekka la seconde épouse de Jakob. Le registre de recensement de Freiberg indique seulement qu'elle est de 5 ans plus jeune que lui. La biographie officielle de Freud établie par Jones fait abstraction de l'existence de Rebekka, mais rares sont aujourd'hui les historiens de la psychanalyse qui doutent encore de son existence et un certain nombre interprètent sa disparition des registres de recensement de Freiberg en 1854 alors qu'elle aurait dû avoir 34 ans, comme le signe de son décès(11).

Bible symbolique

Le premier de ces indices, c'est l'étrange geste de Jakob Freud à l'occasion des trente-cinq ans de son fils Sigmund, âge considéré comme celui de la maturité chez les Juifs de l'Est. Il décide en effet à cette occasion de lui offrir un volume de la Bible familiale Philippson (que Sigmund lisait enfant) et qui en comporte trois, après en avoir fait refaire la reliure.

Théo Pfrimmer pense que Jakob acheta la première édition de la Bible Philippson en fascicules qu'il demanda ensuite d'assembler à un relieur distrait. Il aurait cependant fallu qu'il s'agisse d'un relieur exécrable car, d'après Anna Freud qui hérita de ce volume, les pages étaient numérotées (de 423 à 672 pour les livres de Samuel et des Rois puis 1 à 966 pour la Thora) (13). Il s'agit donc beaucoup plus vraisemblablement d'un geste intentionnellement exigé par Jakob pour une raison lui appartenant, surtout eu égard à la valeur d'une Bible chez les Juifs.

Les pages que Jakob fait placer par son relieur au début de l'assemblage commencent en plein milieu du second livre de Samuel (chapitre 11, verset 10), au milieu d'une phrase. C'est particulièrement étrange, tous les autres livres étant complets. Or ce onzième chapitre du second livre de Samuel relate l'histoire du Roi David et de Bethsabée. David, se promenant de nuit sur la terrasse de la demeure royale, aperçoit une femme au bain.

Frappé par sa beauté, il demande des informations sur elle : c'est Bethsabée, l'épouse d'Urie le Héthéen, alors au combat. Il l'envoie chercher, couche avec elle et la renvoie. Peu de temps après, elle fait dire à David qu'elle est enceinte. David fait alors rappeler Urie du combat pour qu'il couche avec sa femme et croit être le père de l'enfant. Mais Urie refuse de prendre du plaisir alors que ses hommes sont au combat. David l'envoie alors à l'endroit le plus dangereux pour qu'il meure au combat, puis épouse sa veuve Bethsabée.

Statuettes

Le second indice mis au jour par Marie Balmary, c'est la bien étrange habitude de Sigmund Freud d'inviter à sa table les statuettes archéologiques qu'il collectionne.

Comme le mentionne Ernest Jones :

Il avait coutume d'apporter à table la dernière de ses acquisitions - généralement une petite statuette - et de la placer devant lui comme un convive. Après quoi, l'objet était remis en place puis rapporté pendant un jour ou deux.(14)

 

Or Freud, qui déteste la musique, fait une exception pour l'opéra de Mozart Don Juan pour lequel il éprouve une grande passion. Dans cet opéra, Don Juan tente de séduire et de violer Anna, la fille du Commandeur. Son père défie Don Juan et meurt dans ce combat. Plus tard, alors que ce dernier traverse le cimetière, la statue érigée sur la tombe du commandeur s'adresse à lui et lui reproche sa faute. Par défi, Don Juan l'invite à dîner chez lui. La statue se rend à l'invitation, provoquant la terreur. Lorsque la statue prend la main de Don Juan, la terre s'ouvre et Don Juan est emporté dans les tourments de l'enfer.

Là encore, il est difficile de croire que son étrange habitude d'inviter des statuettes à sa table n'ait aucune signification pour Freud, l'auteur de la Psychopathologie de la vie quotidienne, qui accorde la plus grande importance à la signification symbolique des actes quotidiens et qui écrit lui-même :

C'est en observant les gens pendant qu'ils sont à table qu'on a l'occasion de surprendre les actes symptomatiques les plus beaux et les plus instructifs.(15)

 

Instructive, cette habitude de Freud l'est effectivement. Inviter quotidiennement des statuettes à sa table n'est pas un geste courant et il est difficile de ne pas rapprocher cette habitude de Freud de sa passion pour l'opéra de Mozart dans lequel une statue vient à la table de Don Juan lui reprocher une faute sexuelle qui entraîna la mort de quelqu'un, comme dans le cas du Roi David et de Bethsabée.

Névrose diabolique

En résumé, de nombreux indices convergent pour affirmer que Jakob Freud n'hésite pas à sacrifier son entourage pour satisfaire ses désirs sexuels. Dès l'âge de 16 ans il met une femme enceinte qu'il abandonne ensuite pour une autre probablement plus jeune. Il abandonne à son tour cette seconde épouse, la privant probablement ainsi de tout moyen de subsistance et la poussant peut-être au suicide pour une troisième encore plus jeune. Il oblige alors ses enfants à pratiquer sur lui des fellations.

Par l'histoire symbolique de David et de Bethsabée, il avoue à Sigmund son fils préféré les conséquences dramatiques de son comportement sexuel passé et lui demande peut-être une forme de pardon ou de disculpation.

Tout d'abord tenté de dénoncer ces fautes par la publication de sa théorie sur le rôle des agressions sexuelles dans la genèse des névroses, Sigmund éprouve à la mort de son père le besoin de fermer les yeux sur ses fautes sexuelles. Il choisit alors de couvrir les fautes sexuelles des père incestueux par la publication de sa théorie du complexe d'œdipe qui affirme que ces agressions n'ont pas eu lieu mais ne sont que des faux souvenirs fantasmés par les filles amoureuses de leur père.

Mais par cette même théorie œdipienne qui disculpe les pères, Freud est parvenu à annoncer au monde son insoutenable désir de tuer le sien. Toute sa vie, il restera tenaillé par ce désir.

Sigmund Freud voit dans le Diable un substitut du père. Dans Une névrose diabolique au XVIIème siècle, il écrit :

Le père primitif des origines était un être à la méchanceté illimitée, moins semblable à Dieu qu'au diable. (...) Quand des personnes des deux sexes s'effraient nuitamment de brigands et de cambrioleurs, il n'est pas difficile de reconnaître en ces derniers des dédoublements du père. De même, les animaux qui prennent place dans les phobies animales des enfants sont le plus souvent des substituts du père.(18)

 

Syncopes

Freud n'a jamais caché son ardent désir de tuer son père. Il le clame même à la face du monde en érigeant son mythe œdipien comme édifice central de l'architecture psychanalytique. Il semble intimement persuadé de l'universalité de ce désir masculin. Or il assimile ses relations avec les autres psychanalystes, dont il se considère comme le patriarche, à des relations père-fils. Ce fils jouit de privilèges qui sont refusés à ses frères et sera le seul héritier. Ce futur héritier peut dès lors entrer en rivalité avec le père et souhaiter sa mort, jusqu'au jour où il le détrônera réellement. L'intensité de la conviction de Freud que ce sentiment de rivalité est universel a de quoi surprendre. Carl Gustav Jung sera le premier à jouer, selon les propres termes de Freud, ce rôle de prince héritier. Freud écrit à Jung :

Il est remarquable que le soir même où je vous adoptai formellement comme mon fils aîné, où je vous oignis comme successeur et prince héritier - in partibus infidelium -, qu'alors vous m'ayez dépouillé de ma dignité paternelle et que ce dépouillement ait paru vous avoir plu autant qu'à moi le revêtement de votre personne.(20)

 

Freud fantasme avec une rare conviction le désir que Jung pourrait avoir de le tuer. Jung raconte dans ses mémoires qu'en 1909 à Brême, alors qu'il est - en compagnie de Freud et de Ferenczi - en partance pour les États-Unis, il en vient à parler de cadavres momifiés que l'on retrouve parfois dans la tourbe des marais du Holstein, du Danemark ou de Suède, sous l'effet de l'acidité des tourbières, et que Jung confond avec les momies des plombières de Brême :

Mon intérêt énerva Freud. "Que vous importent ces cadavres ?" me demanda-t-il à plusieurs reprises. Il était manifeste que ce sujet le mettait en colère et, pendant une conversation là-dessus, à table, il eut une syncope. Plus tard, il me dit avoir été persuadé que ce bavardage à propos des cadavres signifiait que je souhaitais sa mort. Je fus plus que surpris de cette opinion ! J'étais effrayé surtout à cause de l'intensité de ses imaginations qui pouvaient le mettre en syncope.(21)

Jung poursuit son récit avec une seconde anecdote, qui survient cette fois au congrès psychanalytique de Munich en 1912. La conversation porte sur les motivations qui poussèrent Aménophis IV à faire détruire les cartouches de son père sur les stèles : la plupart des psychanalystes présents soutiennent qu'il s'agissait là d'une manifestation du désir œdipien de tuer son père et que sa création d'une religion monothéiste trahissait son désir d'endosser lui-même ce rôle de père et une rivalité avec son propre père.

À ce moment, Freud s'écroula de sa chaise, sans connaissance. Nous l'entourâmes sans savoir que faire. Alors je le pris dans mes bras, le portai dans la chambre voisine et l'allongeai sur un sofa. Déjà, tandis que je le portais, il reprit à moitié connaissance et me jeta un regard que je n'oublierai jamais, du fond de sa détresse.(22)

Il accepte de fermer les yeux sur les fautes sexuelles des pères, le sien compris. Il soutient une théorie, celle du complexe d'Œdipe, qui lui permet de répondre aux femmes qui se souviennent avoir été violées par leur père alors qu'elles étaient enfant que leur souvenir ne se rapporte pas à un événement réel mais à leurs fantasmes sexuels ayant leur père pour objet. Ce mensonge, c'est celui de tous les violeurs du monde qui affirment que la femme violée ment, ou, en dernier recours, que c'est elle qui était porteuse du désir. C'est trop facile !

Freud est donc un fils soumis car il accepte de dissimuler la faute du père, mais cette soumission lui coûte infiniment. Son invention du complexe d'Œdipe, édifice central de la psychanalyse, celle de ses théories à laquelle Freud tient par-dessus tout, et pour cause, est une magnifique réponse à la névrose qui le ronge : l'honneur est sauf, les pères sont disculpés, mais l'instrument qui les disculpe est un porte-voix par lequel Freud annonce au monde entier son désir de tuer son père par aversion pour son comportement sexuel.

© Philippe Laporte 
laporte-philippe@club-internet.fr

Autres articles

Notes :

  • (1) Bakan, p. 240.
  • (2) Freud, L'interprétation des rêves, p. 4.
  • (3) Freud, La naissance de la psychanalyse, p. 151.
  • (4) Freud, La naissance de la psychanalyse, p. 152.
  • (5) Freud, L'interprétation des rêves, p. 273 et 274.
  • (6) Freud, The Complete Letters of Sigmund Freud to Wilhelm Fliess 1887-1904, p. 230 et 231 (lettre des 8 et 11 février 1897).
  • (7) Freud, The Complete Letters of Sigmund Freud to Wilhelm Fliess 1887-1904, p. 264 (lettre du 21 septembre 1897).
  • (8) Masson, p. 152 à 156 ; voir aussi Miller, p. 73, même si ce qu’elle prétend que Robert Fliess a révélé dans Symbol, Dream and Psychosis n’y figure pas en réalité.
  • (9) Masson, p. 152, et sur l'affaire Emma Eckstein p. 73 à 122 et 205 à 221.
  • (10) Jones, La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. 1 / La jeunesse 1856-1900, p. 2 ; Schur p. 38 ; Krüll p. 134 à 145 ; Gay vol. 1, p. 48 ; Rodrigué vol. 1, p. 54 ; Balmary p. 53, 66 et 67.
  • (11) Balmary ; Krüll, p. 144 et 145 ; Rodrigué vol. 1, p. 58 et 59 ; Schur p. 38 et 39 ; Jones La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. 1 / La jeunesse 1856-1900, p. 2 ; Gay vol. 1, p. 48 ; Roazen p. 40.
  • (12) Balmary, p. 283 à 293 ; Pfrimmer p. 12 à 14 ; Krüll p. 143 ; Rodrigué vol. 1, p. 57, 58 et 61 ; Ernest Jones La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. 1 / La jeunesse 1856-1900, p. 21 et 22.
  • (13) Pfrimmer, p. 14.
  • (14) Jones, La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. 2 / Les années de maturité 1901-1919, p. 417.
  • (15) Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne, Petite Bibliothèque Payot, p. 216, cité par Balamry p. 104.
  • (16) La collection d'histoires juives réunies par Freud.
  • (17) Freud, La naissance de la psychanalyse, p. 193 (lettre du 21 septembre 1997). L'édition PUF des lettres de Freud à Fliess donne pour traduction “ tu n'es plus fiancée ” mais Marie Balmary (p. 244) fait observer que le texte original allemand “ Du bist keine Kalle mehr ” utilise le mot Kalle, une expression juive pour mariée.
  • (18) Sigmund Freud, Une névrose diabolique au XVIIème siècle, (1923) dans L'inquiétante étrangeté et autres essais, p. 289.
  • (19) Même source, p. 287.
  • (20) Jung, p. 419 (lettre de Freud à Jung du 16 avril 1909).
  • (21) Jung, p. 184.
  • (22) Même source.
Bibliographie
Titre Auteur Edition

Freud et la tradition mystique juive

David Bakan

Payot 2001

L'homme aux statues. Freud et la faute cachée du père

Marie Balmary

Grasset 1997

La naissance de la psychanalyse

Sigmund Freud

PUF 1956

The Complete Letters of Sigmund Freud to Wilhelm Fliess 1887-1904

Sigmund Freud

The Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge et London, 1985

L'interprétation des rêves

Sigmund Freud

PUF 1957

Une névrose diabolique au XVIIe siècle

Sigmund Freud

(1923) dans L'inquiétante étrangeté et autres essais Gallimard, Paris, 1985

Freud, une vie (2 vol)

Peter Gay

Hachette 1991

La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. 1 La jeunesse 1856-1900

Ernest Jones

PUF 1958

La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. 2 Les années de maturité 1901-1919

Ernest Jones

PUF 1961

Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées

Carl G Jung

Gallimard 1973

Sigmund, fils de Jacob

Marianne Krüll

Gallimard 1983

Le réel escamoté

JM Masson

Aubier 1984

La connaissance interdite. Affronter les blessures de l'enfance dans la thérapie

Alice Miller

Aubier 1990

Freud lecteur de la Bible

Théo Pfrimmer

PUF 1982

La saga freudienne

Paul Roazen

PUF 1986

Freud, le siècle de la psychanalyse (2 vol)

Emilio Rodrigué

Payot 2000

La mort dans la vie de Freud,

Max Schur

Gallimard 1975

par Pierre Arthapignet

La constellation familiale est à la mode ces temps-ci et on en entend beaucoup parler...

À noter qu'il existe une modélisation PNL de la pratique du thérapeute familial allemand Bert Hellinger, le créateur de la constellation familiale. C'est Lucas Derks qui a mis au point le panorama social, dont on parle malheureusement très peu en France.

Bert Hellinger est né en 1925. Le nom de Bert Hellinger est bien connu dans les pays allemands depuis environ 15 ans. Ses livres sont des best-sellers et ses séminaires publics rassemblent jusqu'à 1000 personnes. Il a étudié la philosophie, la théologie et la pédagogie. Avant de devenir psychanalyste, il a dirigé pendant 16 ans des écoles dans une mission catholique en Afrique du Sud.

Après avoir quitté successivement les ordres et le mouvement psychanalytique viennois, il a étudié la thérapie primale avec Arthur Janov aux États-Unis, il a aussi travaillé en analyse transactionnelle, en PNL et en hypnothérapie Ericksonienne.

Finalement, il a développé sa propre technique de thérapie systémique en constellation familiale qui a rencontré un succès énorme dans le domaine du développement personnel et de la thérapie.

Alors la constellation familiale, c'est quoi ?

Suite à différentes remarques et questionnements sur cette approche, ses postulats et les liens qu'il est possible de faire avec la PNL, je vous propose ma vision de cette approche qui je l'espère s'enrichira de vos apports !

Bert Hellinger travaille en groupe, en grand groupe même. Dans un premier temps le thérapeute rassemble l'information concernant la famille du patient. Description de sa composition, les incidents qui jalonnent l'histoire de cette famille et les grands événements : mariages, naissances, morts, divorces, séparations, maladies... etc.

Le groupe est grand car ensuite le patient choisi parmi les autres participants ceux qui vont représenter chacun des membres de la famille, sujet y compris. Le sujet les dispose spatialement dans la pièce, puis le sujet passe en position méta et regarde sa constellation familiale.

Le thérapeute demande ensuite à chaque "acteur" d'exprimer ce qu'il ressent, change la position des acteurs, les encourage à dire telle ou telle chose, leur fait jouer tel événement ou tel autre... le thérapeute agit alors sans consulter le sujet qui reste observateur de ce qui se déroule.

Le "travail" se termine alors en plaçant le sujet en position "soi associé" à l'intérieur de sa constellation familiale. Le tout sans aucun commentaire ni explication, Bert Hellinger s'y opposant formellement.

Voilà d'une façon très très approximative, les spécialistes me pardonneront je l'espère, le procédé dont la finalité est de changer la représentation subjective du sujet sur sa place dans sa constellation et de remettre chacun des membres de sa famille à sa "vraie" place.

Point n'est besoin d'être un grand spécialiste de la PNL pour relever les écarts phénoménaux en matière de présupposés et de postulats. Lorsque Bert Hellinger ou un thérapeute formé à sa méthode agit de cette façon, en imposant au sujet sa propre vision de la constellation du sujet, c'est l'ensemble des principes fondateurs de la PNL qui sont violés. Il s'agit bien entendu de ceux concernant la séparation des modèles du monde basés sur le célébrissime axiome du bon vieux comte Alfred : "La carte n'est pas le territoire" et tout ce qui en découle....

Pour la PNL, faut-il le rappeler, chacun construit sa propre représentation du monde et opère à partir de cette représentation. Ce que la constellation familiale ne semble pas avoir intégré dans la mesure où ici le thérapeute impose sa propre représentation. Pire encore, l'expression des acteurs initiés par le thérapeute devient une véritable induction pour le sujet....

Je me suis même demandé si cette méthode ne consistait pas tout simplement à "guérir" les problèmes qu'elle créé .... bon c'est tout juste une boutade !

Que dire encore de l'écologie et de l'absence de toute vérification... que devient l'équilibre du système intra personnel du patient ?

Il faut également reconnaître que Burt Hellinger obtient parfois d'excellents résultats ... et c'est cela qu'il nous faut considérer avant tout.

À noter que si lui obtient parfois des résultats, l'affirmation est non généralisable et les thérapeutes formés à son approche ont le plus grand mal à valider leurs résultats de façon factuelle et précise.

Quoiqu'il en soit si des résultats peuvent être obtenus par ce biais, la PNL se doit de modéliser ce qui peut l'être, non ? C'est notre raison d'être, le coeur de l'approche, modéliser....

Je vous propose donc une modélisation PNL en sept points de ce diagnostic familial et transgénérationnel. Si vous êtes thérapeute, je vous suggère de l'expérimenter sur vous dans un premier temps avant de le proposer à vos clients. Avoir conscience de ses propres problèmes, même si tout n'est pas réglé, évite les projections grossières et inefficientes !

Si vous prenez le temps d'expérimenter ce qui suit, je vous remercie par avance de vos commentaires, remarques ou simplement descriptifs de vécu qui permettront d'améliorer le processus...

Bon allez trêve de blabla passons aux choses sérieuses !

  1. Tout d'abord et chacun peut expérimenter cela, le développement des techniques de visualisation de la PNL permettent de se fabriquer une représentation de notre constellation ou plutôt de prendre conscience de cette constellation telle qu'elle existe dans notre carte du monde. L'avantage de cette modification substantielle de l'approche donne d'ailleurs plus de crédibilité à la représentation et donc à sa future modification, non ?

    Cette représentation peut se faire avec un facilitateur (programmeur dans le jargon PeuNeuLeu) ou seul...

    En fait, nous avons déjà tous une représentation inconsciente de cette constellation et son ellicitation est un premier travail qui ne manque pas d'intérêt. Cela nous donne déjà de précieuses informations sur nos liens inconscients avec les membres de notre famille et sur la représentation que nous nous faisons des liens des membres de notre famille entre eux.

  2. Comme dans le réimprinting, il est possible alors de transférer les ressources à chaque membre de la famille de façon à lui permettre de nouvelles interactions et l'inconscient se chargera ensuite et alors à le changer de place de façon écologique !! Faites confiance à votre inconscient plutôt qu'en celui d'un thérapeute aussi compétent soit-il !

  3. De votre position méta vous pourrez alors passer en position "autre associé" de façon à vérifier l'écologie de chaque transfert à chaque membre de la famille dont vous souhaitez modifier la place ou la nature d'une interaction

  4. Servez vous de cette représentation pour diagnostiquer les aspects limitants de votre constellation familiale... voici quelques piste à explorer :

    1. Attitudes de rejet, personnes haïes ou négligées. Occupez vous d'elles en premier, leur position doit être ressentie de façon neutre à minima. Donnez leur les ressources manquantes.

    2. Les absents, les oubliés ou ceux qui ne sont en lien avec personne doivent retrouver une place valide grâce aux ressources que vous leur transférerez.

    3. Les conflits représentés par une localisation double. Si certains membres peuvent être absents, la double représentation d'un membre de la famille peut être révélatrice d'un conflit projeté de deux parties de vous-même.... un petit recadrage spatial avec vos deux parties en conflit devrait alors redonner une représentation unique et stable.

    4. Frontières et étanchéité : de fréquents problèmes de frontière apparaissent dans la représentation de la constellation. Vous vous demandez alors s’il s'agit de vous, de l'autre, de sa pensée ou de la vôtre... il faut alors distinguer le soi et l'autre en appliquant la technique de neuro sémantique du pouvoir personnel par exemple.

    5. Image de soi faible : votre image est petite, vague, floue et/ou éloignée... la modifier en transférant des ressources, et notamment en appliquant le processus des ancres glissantes de neuro sémantique sur l'acceptation, l'appréciation et l'estime de soi.

    6. La place du conjoint : elle devrait être à une longueur de bras au plus... ils sont "normalement" situés très près de la représentation de vous (n'oubliez pas vous êtes en position méta lorsque vous faites cette procédure, vous avez donc une représentation dissociée de vous !). Tout autre position révèle une relation problématique... Je reviendrai plus tard sur ce sujet, dans un article "couple et développement personnel" en préparation.

    7. Isolement d'un membre : un membre se trouve isolé de tous les autres, lui transférer les ressources de façon à faire émerger de nouvelles relations plus proches avec les autres membres de la famille.

    8. Position spatiale de membres de la famille... Imaginez votre père au dessus de vous... ou en dessous d'ailleurs ! Cela symbolise souvent (j'ai dit souvent, pas toujours !) les problèmes d'autorité qu'il convient alors de régler en redonnant à vous "sujet" les ressources nécessaires pour établir une autre relation équilibrée avec le membre concerné.

    9. C'est ce qui pourrait vous arriver et que je n'ai pas encore rencontré... c'est avec plaisir que nous pourrons y travailler si vous me sollicitez !

    Tout ça n'est pas trop long ? Vous voulez connaître le prochain point ?

    Le voici :

  5. Tous les changements effectués et constatés doivent être futurisés et consolidés. Vous pouvez alors utiliser les techniques d'hypnose et de distorsion temporelle pour créer des expériences de référence dans le futur avec les ressources installées dans le passé.

  6. Gâteau sur la cerise si vous êtes dans la relation d'aide, le coaching ou la psychothérapie (ça va j'ai oublié personne là ?). J'ai développé la pratique de la modélisation symbolique basé sur le travail de David Grove pour améliorer ma pratique... Cela consiste à explorer les expressions métaphoriques du sujet... "Mon père était un géant auprès duquel tout le monde se sentait petit" est un exemple parmi d'autres de ce que l'on peut dire en décrivant sa famille et ces expressions permettent de mettre à jour les relations, les proportions, ce que j'appelle l'architecture du monde intérieur... Cela donne aussi une idée moins statique de la Constellation familiale dans la mesure où le modèle du "clean language" fort bien décrit par James Lawley et Penny Tompkins donne une idée des mouvements qui peuvent exister dans cette représentation dynamique...

  7. Les sous modalités de la représentation de votre constellation familiale. Avec la pratique, vous découvrirez les sous modalités universelles de cette approche... La distance de la représentation par rapport au sujet nous fournit d'importantes informations sur les méta programmes de la personne par exemple... Mais les méta programmes ne sont-ils pas l'expression verbale de la forme de nos représentations mentales ? Explorez la localisation spatiale de votre représentation et cherchez comment cela influe votre façon de penser et/ou de voir le monde. La voyez-vous devant, en face, à droite, à gauche, plus haut que l'horizon ou plus bas ? Que se passe-t-il lorsque vous modifiez son emplacement ? En tant que facilitateur, soyez attentif à la direction des regards de votre sujet, la communication non verbale vous donnera autant si ce n'est plus d'informations que la communication verbale.

Vous le voyez, la PNL peut apporter beaucoup à toutes ces pratiques qui ne nous veulent que du bien !

C'est aussi pour moi passionnant d'appliquer cette vision de la PNL, faite de postulats et de valeurs humanistes, de respect et de tolérance, à des idées qui méritent d'être approfondies et développées comme la constellation familiale qui peut être révélatrice de nos conditionnements du passé.

Articles et interviews de Michel Facon

 

 

Approche nouvelle en alcoologie, la Programmation Neuro Linguistique entre maintenant dans les réponses thérapeutiques proposées dans le traitement de la dépendance alcoolique.

La PNL, c'est quoi exactement ?

C'est difficile à dire en quelques mots. Il s'agit d'abord d'une approche pragmatique de la communication, développée à partir de 1975, aux USA par John Grinder (linguiste) et Richard Bandler (psychothérapeute et informaticien). La PNL intègre sciences humaines et neurosciences pour proposer un ensemble de modèles cohérents permettant de schématiser tout comportement humain (externe ou interne).

Mais la PNL est aussi une attitude d'ouverture d'esprit, de flexibilité et une éthique. En PNL, nous sommes ancrés dans cette certitude que chacun de nous possède les ressources nécessaires pour trouver des solutions à ses problèmes.

La PNL se présente également comme un ensemble de techniques d'intervention très efficaces et une méthodologie rigoureuse. C'est le côté "outils" de la PNL, celui qui nous permet de faire des interventions qui prennent une allure "magique", comme faire disparaître à jamais une phobie même très intense.

Quels intérêts offre cette approche nouvelle en alcoologie ?

La PNL, en tant qu'outil de communication, nous permet d'établir rapidement la relation de confiance avec la personne en difficulté avec l'alcool et de vérifier si cette confiance est bien installée dans la relation avant d'aller plus loin. Les objectifs à atteindre sont ensuite fixés conjointement par l'alcoologue et son patient. Intervient ensuite la phase d'application des "outils" aux problèmes concernés.

Ce que nous visons, ce sont des changements vérifiables, autant par le patient que par l'alcoologue. Ce qui frappe dans cette procédure, c'est la précision, la rapidité, l'efficacité des interventions. Ces dernières se font d'ailleurs sans douleur et le patient à l'impression de jouer avec son cerveau comme si celui-ci était un ordinateur.

Avez-vous quelques exemples de ce que peut faire la PNL ?

Oui, nous pouvons réduire les difficultés d'endormissement en 15 mn et le patient s'endort sans problème le soir même. Nous pouvons régler un travail de deuil qui n'a pas été fait en 1 heure ; nous faisons disparaître des cauchemars en 5 mn ; nous pouvons rompre une relation de co-dépendance affective, traiter définitivement de graves traumatismes du passé, modifier un dialogue intérieur dévalorisant, etc... Tout ceci se fait sans soulever de "résistance" et en respectant l'écologie de la personne.

Ces interventions se font-elles en groupe ou en séances individuelles ?

La plupart des interventions se font en "atelier" d'une douzaine de personnes, l'alcoologue présente l'outil, précise son champ d'application, fait quelques démonstrations et l'atelier éclate ensuite en triades au sein desquelles chacun met l'outil en œuvre avec l'aide des autres. Bien entendu, l'alcoologue supervise le travail et aide les personnes qui rencontrent des difficultés. Les interventions plus délicates sont faites en séances individuelles.

Ce type de fonctionnement rompt la passivité. Il est bien difficile d'échapper à l'implication dans un groupe de 3 personnes ! Il n'y a plus ces éternels "muets" que l'on rencontrait autrefois dans les groupes de parole ! De plus, les patients prennent réellement plaisir à travailler sur eux-mêmes avec des outils efficaces.

Vous faites état de découvertes. Pouvez-vous en dire quelques mots ?

Oui, quelques mots car il faudrait rentrer dans les aspects techniques... Nous avons désormais le moyen de déclencher ce qu'il est convenu d'appeler une "cuite sèche". Nous en avons le mécanisme et nous savons le maîtriser. Ceci veut dire que nous pouvons obtenir les effets psychotropes de l'alcool sans ingestion du produit : Autrement dit, nous savons comment fait le sujet pour passer d'un état sobre (ES) à un état alcoolique (EA).

Quelle est l'utilité d'une telle invention ?

Elle est considérable ! Considérable sur le plan pratique... Elle nous permet de réconcilier enfin ES et EA. La personne en difficulté avec l'alcool est fortement "dissociée". Tout ce passe comme s'il y avait en elle deux personnes dans un même corps. Si vous voulez : EA et ES celle qui s'alcoolise et celle qui voudrait maîtriser l'alcool. Lorsque vous avez devant vous une personne, c'est avec ES que vous communiquez. EA est absent et c'est pourtant lui qui présente le problème. ES est déjà convaincu de la nécessité de régler le problème d'alcool. A l'inverse, si vous avez devant vous EA, c'est avec lui que vous communiquez et c'est alors ES qui s'est absenté. Entre EA et ES, il y a comme chacun sait, une incongruence majeure, mais celle-ci est de nature séquentielle.

Pour traiter cette incongruence, il convenait de disposer d'une technique permettant de faire apparaître EA et ES en même temps, là, devant vous, c'est à dire simultanément. L'incongruence est alors dite simultanée et les outils de la PNL permettent de la réduire. Voilà donc l'utilité d'être capable de déclencher l'état alcoolique...

Les aspects techniques sont développés dans un article à paraître prochainement dans le N° 1 de la revue de PNL "Potentiel". Cette méthode peut d'ailleurs être enseignée. Une dizaine de praticiens PNL l'appliquent aujourd'hui en d'autres lieux avec les mêmes résultats que nous.

Est-ce que la pratique de la PNL a changé votre conception de l'alcoolisme ?

OUI, radicalement. On peut dire que sur la base des résultats obtenus, j'ai dû changer de paradigme... Mes croyances à ce sujet en ont été bouleversées. D'abord, je ne crois plus que le traitement de celui que l'on nomme "alcoolique" doit être nécessairement long. Je pense que plus l'alcoologue croit que le traitement sera long, plus il le sera, car il transmet cette croyance à son patient. Je crois que l'alcoolisme est un trouble du comportement (ouvert et couvert). Je ne dirai pas qu'il s'agit d'une maladie, même si l'alcool en tant que produit conduit à des alcoolopathies.

Pour moi, la personne dite "alcoolique" est fortement dissociée, sans qu'il s'agisse d'un cas de "personnalité multiple". Cette dissociation est à l'origine d'une incongruence séquentielle qui peut et doit être ramenée à une incongruence simultanée. Cette dernière peut ensuite être traitée.

Je ne sais pas si cette conception est vraie ou fausse et cela m'importe peu de le savoir. Ce que je sais, par contre, c'est que cette conception est fonctionnelle et permet d'obtenir des résultats concrets.

Il m'importe peu que cette conception soit scientifique ou pas. Je ne me demande pas "pourquoi" un alcoolique a des problèmes avec l'alcool. Je me demande "comment" ça se passe pour lui et quand j'ai compris le processus, je me demande comment je peux agir pour l'aider à changer ce qu'il veut changer. La PNL concerne l'étude objective de l'expérience subjective de la personne. Tout ce qui m'intéresse, ce sont les résultats, pas les théories.

Michel FACON
"Alcoologie Plurielle" - Avril / Mai 1991

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Michel Facon travaille en alcoologie depuis de nombreuses années. Psychothérapeute, il est un des premiers à avoir utilisé la PNL avec des malades alcooliques. Dans cette rubrique il vous parle de sa pratique.

Avez-vous remarqué que l'on met très souvent "maladie" entre guillemets dans les textes qui concernent l'alcoologie ? Au fond, cette affaire de "maladie" n'est pas très claire, même s'il est encore préférable de dire "maladie" plutôt que vice (qui lui n'est jamais mis entre guillemets...). Cette "maladie" qui n'en est pas tout à fait une, et qui ne ressemble pas aux autres maladies, est bien plutôt une sorte de "mystère".

Pendant 17 ans, j'ai travaillé avec des personnes en difficulté avec l'alcool, essayant de comprendre le "Pourquoi" de cette maladie qui n'en est sans doute pas une. J'ai essayé de percer le mystère à partir de multiples théories des uns et des autres : je vous laisse imaginer le nombre de lectures, conférences, congrès, séminaires... qui émaillent ces 17 années. Mes recherches ne m'apportèrent pas de réponse réellement satisfaisante.

En simplifiant, je peux dire que la seule chose qui était claire à mes yeux, c'était que la consommation excessive d'alcool conduisait à des maladies (nommées "alcoolopathies" par le corps médical) : ces alcoolopathies étant les conséquences d'une alcoolisation excessive chez les personnes plus ou moins vulnérables au produit alcool.

Aujourd'hui, je ne parle plus de "maladie". Je dis plus volontiers que l'alcoolisme est un comportement incontrôlé (et souvent vécu comme incontrôlable par celui que l'on étiquette "alcoolique").

Distinguer la personne et son comportement

Monsieur X n'est pas pour moi UN alcoolique, Mr. X présente un comportement d'alcoolisation incontrôlé. Astuce de langage ? Jeu avec des mots ? Certainement pas ! Car, lorsque l'on parle du comportement de Mr. X, on ne parle pas de ce qu'il EST, mais on met l'accent sur ce qu'il FAIT.

Croyez-moi, Mr. X aimerait faire autrement que boire, mais il ne peut pas, ou il ne sait pas comment faire... (ou, plus précisément, il ne sait plus comment faire). Autrement dit, même s'il veut "ne pas boire" dans certaines circonstances, il ne peut pas le faire avec aisance. Inutile de dire qu'en appeler à sa volonté est inefficace, voire même nuisible. Il voudrait pouvoir ne pas boire, mais il ne peut pas "pouvoir" !

Cette idée est bien exprimée dans certaines définitions de l'alcoolisme comme : "la perte de liberté par rapport à l'alcool...", "la perte de liberté de manœuvre à l'égard de l'alcool" (J.RAINAUT). Ce qui veut dire en clair que la personne en difficulté avec l'alcool n'a plus le choix : elle n'a plus qu'un comportement possible - l'attirance irrésistible - ! Elle le dit d'ailleurs elle-même : "c'est plus fort que moi"... "J’ai le diable dans le ventre"... comme s'il y avait deux personnes en elle et que la personne "raisonnable" ne pouvait pas intervenir face à l'alcool. La personne alcoolique veut "ne pas être obligée de" mais elle ne peut pas car elle ne sait pas COMMENT faire.

Glossaire et Commentaire permettant de comprendre les Principes et Notions Fondamentales de la PNL.

Il ne sait "plus" comment faire : Un des présupposés de la PNL repose sur le fait que la personne a eu dans son histoire, antérieurement la "ressource" qui lui manque dans la situation qui lui pose problème, ou qu'elle la possède dans une autre situation. Il suffit de retrouver cette ressource et de la transposer dans la situation problématique pour que s'effacent les difficultés rencontrées - ceci grâce à un procédé spécifique !

N’a plus le choix : La notion de choix est essentielle en PNL : plus on a de choix de comportements dans une situation, plus on est "flexible", moins on est limité, cela semble une évidence ! La pratique de la PNL permet au patient de développer ses choix de comportements.

Du "Pourquoi ?" au "Comment faire ?"

Je me suis demandé pendant des années, POURQUOI cette envie irrésistible, cherchant des explications, des "raisons", des significations... Bref, cherchant à "comprendre"... En réalité, je dois avouer que je n'ai rien trouvé de très spécifique qui m'ait convaincu. Les multiples théories avancées pour expliquer l'alcoolisme étaient parfois très intéressantes mais elles ne me disaient pas comment faire pour aider la personne en difficulté avec l'alcool.

Les théories ne m'étaient pas utiles, je voulais du pratique, du concret applicable directement dans la relation avec "l'alcoolique" ; je voulais des moyens, des "OUTILS". J'aurais voulu que quelqu'un me dise très précisément : "voilà comment il convient de t'y prendre pour obtenir des résultats !" Je ne voulais pas expliquer les problèmes des gens, je voulais les aider à les résoudre, c'est à dire : être EFFICACE...

Je ne voulais plus qu'on se contente de me dire des choses aussi vagues et floues que : 'l'important c'est d'établir la relation...", "de mettre la personne en confiance" etc... Ou des phrases similaires. Je voulais qu'on me dise avec précision comment m'y prendre, concrètement, pour établir cette fameuse relation, comment la maintenir et comment repérer, sans me leurrer, si cette relation est bien établie. Plus qu'un savoir, je voulais acquérir un savoir-faire.

Il y a trois ans encore, je me sentais résigné, prêt à accepter une routine faite de résultats aléatoires et à renoncer à trouver une technique vraiment efficace... Je baissais les bras et le mystère de l'alcoolisme restait pratiquement entier.

La PNL comme réponse

C'est alors que je "rencontrai" cette discipline au nom rébarbatif : La Programmation Neurolinguistique (PNL), en feuilletant la revue "Psychologies" (février 1982 - n° 144). J'ai lu, relu, puis étudié cet article de très près : l'auteur, Alain Cayrol y donnait la démarche à suivre pour réaliser un "ancrage", une des techniques de PNL permettant de résoudre rapidement des problèmes mineurs.

Au lieu de philosopher à l'infini sur la PNL ou d'écouter cette petite voix intérieure qui me répétait "ce n'est pas possible ! ", j'ai essayé "l'ancrage" dès le lendemain avec des patients du Centre où je travaillais. Et ça a marché ! J'en ai fait un, deux, trois, dix... et ça continuait à marcher ! Je me suis procuré ensuite l'ouvrage d'A. Cayrol et Josiane de St Paul ("Derrière la magie : La PNL") grâce auquel j'ai pu apprendre d'autres "outils". Je "désactivai" alors des scènes traumatisantes en un temps record (10 à15 mn !), je traitais définitivement des phobies en une seule séance.

Ces résultats encourageants me conduisirent tout naturellement à la "formation officielle" pour acquérir savoir-faire et certification.

Les premiers succès thérapeutiques

De la période de mes débuts avec la PNL, il me reste une foule de souvenirs inoubliables.

Je me souviens d'Albert, une cinquantaine d'années. Il venait tout juste d'arriver au Centre, incapable de parler le visage grave, bouleversé, il me tend une enveloppe... Je lis son petit mot dans mon bureau : son fils d'une quinzaine d'années avait été brûlé vif, quelques années auparavant dans l'incendie de l'hôtel restaurant qu'il gérait. Albert avait assisté impuissant, à la scène de son enfant brûlé vif devant lui... Il ne pouvait pas en parler sans s'effondrer immédiatement.

Dix minutes ont suffi pour détacher l'affect pénible de ce souvenir horrible. Il n'en revenait pas et moi non plus d'ailleurs ! Son corps s'est détendu instantanément et son visage figé s'est détendu, il paraissait quelques années de moins... Le lendemain, dans le groupe de psychothérapie auquel il participait, il pouvait parler de l'horrible accident sans être submergé par l'émotion. L'intervention s'était faite sans aucune souffrance, comme c'est le cas lorsque l'on pratique la PNL.

Je me souviens aussi d'Éliane, 40 ans environ. Son père s'était suicidé dans son bureau, pièce attenante à l'endroit où elle se trouvait. Des années plus tard, elle entendait encore le coup de revolver et elle revoyait sans cesse son père, effondré, une balle dans le front. Elle revivait plusieurs fois par semaine cette scène dramatique et avait peur de s'endormir, disait-elle à cause de ce "cauchemar".

Il a suffi de quinze à vingt minutes, en comptant le temps passé à la convaincre d'essayer l'intervention, pour effacer l'impact du traumatisme.

Elle entendait... Elle revoyait... et avait peur : Notons ici les "prédicats" (1 : auditif - 2 : visuel - 3 : kinesthésique) qui mettent en évidence les différents modes de représentation.

Élisabeth était infirmière. Elle arrêtait de boire régulièrement, mais rechutait - disait-elle- à cause de sa "phobie". Dès qu'elle était abstinente, elle ne pouvait plus conduire sa voiture à plus de 30 km/heure, par contre, dès qu'elle se remettait à boire, elle conduisait normalement ! Je vous laisse imaginer les conséquences...

L'intervention avait été réalisée devant les 10 personnes de son groupe de thérapie. Quarante minutes après, ce handicap avait trouvé sa solution. Sceptique comme le sont la plupart des personnes dans des cas analogues, Élisabeth m'avait dit : "Oui, je sens que ça va aller, mais qu'est ce qui me prouve que ça ira vraiment quand je serai au volant de ma voiture ?" Je lui tendis alors mon trousseau de clefs en lui disant : "Prend ma voiture et va faire le tour de la Ville !" Un bon quart d'heure après, elle revint, souriante devant le groupe ébahi et me dit : "Elle est nerveuse ta voiture !".

Il y eu aussi les "ancrages de sommeil" : en quinze minutes, un patient insomniaque, pouvait réapprendre à s'endormir et il retrouvait cette capacité le soir même ! Neuf fois sur dix, cette intervention suffisait. Lorsque l'on connaît les difficultés du sommeil que rencontrent les alcooliques, c'est quand même pratique n'est-ce pas?

Une anecdote est restée gravée dans mon souvenir : un jour, un patient que je ne connaissais pas encore est venu vers moi, dans la cour du Centre, en me disant : "C'est vous l'endormeur ?" Je lui ai simplement dit : "Oui, c'est moi, est ce que tu veux dormir ce soir ?" et j'ai ajouté : "ça va nous prendre un petit quart d'heure !" et cela ne nous prit pas davantage de temps.

Raconté de cette manière, tout cela paraît mystérieux, presque magique ! Mais derrière cette apparence de magie, il y a, soyez en certain, une technique très sophistiquée. Et cette technique s'apprend, comme toutes choses...

Changer sans souffrance

Ainsi, au fur et à mesure de la formation, j'apprenais de nouveaux outils que j'utilisais dès que l'occasion se présentait. Et cela marchait ! Enfin, je pouvais me sentir efficace devant un nombre sans cesse croissant de problèmes différents. Cela marchait, et je pouvais dans la plupart des cas, vérifier les résultats. Les gens changeaient sans souffrir.

Pour ma part, j'acquérais un nouveau style d'intervention et au vu des résultats, me reposait le problème de l'alcoolisme en d'autres termes... faisant "comme si" je ne savais rien sur le sujet (d'ailleurs, je ne savais pas grand chose, je croyais plutôt savoir...)

Quelques exemples de changements

J'ai vu des obèses maigrir et maintenir ensuite leur poids... J'ai vu des phobiques de l'eau apprendre à nager... J'ai vu des timides se mettre à parler avec aisance... Des gens s'accommoder enfin d'un deuil qui traînait depuis des années en une heure et j'en passe...!

J'ai appris à écouter vraiment les gens et à les regarder au lieu de chercher à "interpréter" ce qu'ils disaient. J'ai appris à respecter l'équilibre interne d'une personne (son "écologie") avant de l'aider à changer. J'ai appris à me remettre en cause au lieu de dire, avec un petit air pseudo professionnel : "il résiste" ou... "il n'est pas prêt" ou "il n'est pas motivé". J'ai appris à travailler avec la subjectivité du patient au lieu de tenter d'ajuster les propos, le comportement, etc... du patient à une théorie quelconque.

Et au-delà de tout cela, j'ai compris que les gens portent en eux les ressources nécessaires à leur propre changement !

Découvrir le mécanisme de la pulsion irrésistible vers l'alcool : Les processus internes

Pourtant, le lecteur l'aura compris, la PNL n'est pas une panacée. Le problème avec l'alcool ne disparaît pas en quelques minutes, ou même en quelques heures, ce serait naïf de le penser. Le comportement "alcoolique" (je n'ai pas dit la personne alcoolique) est engendré par des mécanismes très précis et le phénomène est complexe. Mais un problème complexe pour lequel on n'a pas de réponse globale, ne peut-il pas être ramené à un ensemble de données plus simples pour lesquelles on dispose d'outils en  PNL ?

Depuis deux ans, nous sommes allés de surprises en surprises... Je veux dire de découvertes en découvertes... Nous avons vraiment fait comme si nous ne savions rien de l'alcoolisme et nous nous sommes reposés les questions naïves de base, telles que :
"Que fait très précisément et très concrètement "l'alcoolique" dans sa tête, pour SE déclencher, à son insu, l'envie irrésistible de boire ?", c'est à dire, "Comment se déroule ce processus mental interne ?"

Nous savons aujourd'hui répondre à cette question avec une grande précision et nous savons aussi déclencher à volonté cette envie de boire ! Nous savons comment agir sur ce mécanisme afin de l'enrayer. Autrement dit, nous savons comment faire pour déclencher les effets psychotropes de l'alcool sans que le sujet ingère de l'alcool.

Etablir des modèles aboutissant à un savoir-faire

En guise de conclusion provisoire, je dirai que l'utilisation de la PNL en Alcoologie clinique montre le phénomène de l'alcoolisme sous un jour vraiment nouveau. Le "mystère" auquel je me référais au début de cet article n'en est plus tout à fait un et les choses s'éclaircissent bon train...

Mais que l'on comprenne bien. Nous ne sommes pas en train d'élaborer une nouvelle théorie de l'alcoolisme : nous mettons en place progressivement, un ensemble de MODELES conduisant à un savoir-faire, à une pratique.

MICHEL FACON
1ère parution dans "La Tempérance" n° 1 - Janvier 1992

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Analyse du syntagme et dévoilement successif des questions

Notre analyse s'inspirera de la méthode des premiers linguistes.

L'énoncé est : "Communication en Alcoologie entre soignants-médecins et soignants non-médecins."

Linguistiquement, cet énoncé est un syntagme dans lequel chaque unité significative n'a de sens que par rapport aux autres unités présentes dans le contexte. Cet énoncé forme un tout de définit le cadre dans lequel peuvent se développer nos échanges. Or, ce cadre n'est pas neutre, loin s'en faut... Il est clair que dans le syntagme proposé :

1) L'alcoologie est inscrite d'emblée dans un contexte médical par le biais de la thérapeutique.

2) Dans le contexte médical un clivage est introduit entre le groupe des médecins, relativement homogène et celui des non-médecins, hétérogène.

3) Le médecin est situé d'un côté d'un champ alcoologique, les autres soignants définis comme "non-médecins" sont situés d'un autre côté.

4) Un problème de communication entre les uns et les autres est posé d'emblée.

Question préalable

Vous est-il vraiment nécessaire, pour nous entendre, de savoir qui de nous deux est médecin ou ne l'est pas ? Cette question est-elle pertinente en alcoologie ? Nous pensons que non.

Un présupposé est sous-jacent, la formulation même du thème de travail qui nous a été proposé : le clivage soignants-médecins / soignants-non médecins est présenté comme allant de soi en alcoologie. Mais ce clivage exprime une réalité sociale contemporaine puisque le médecin occupe de fait et de droit une position centrale dans le champ de l'alcoologie clinique.

Le discours juridique et le discours administratif le désignent en effet comme le responsable des équipes qui travaillent dans ce champ. Mais il faut prendre garde au schéma réducteur : l'alcoologie clinique appliquée à la thérapeutique des personnes en problème avec l'alcool ne couvre qu'une partie du concept ALCOOLOGIE. C'est dire que le médecin ne doit pas s'investir lui-même comme plus compétent qu'un non-médecin en dehors du champ de l'alcoologie clinique sauf à devenir un alcoologue.

On peut en effet relever, lors de l'inauguration de la Société Française d'Alcoologie, en 1978, des propos qui reflètent clairement l'insuffisance du seul corps médical en alcoologie.

Deux exemples

Le Pr. JEAN : sous le titre "De l'impuissance du thérapeute"
"Si on limite l'alcoologie à être une branche de la médecine, on en voit bien vite les limites" ... "Le fait que l'alcoolisme soit baptisé maladie ne suffit pas à donner au médecin la panoplie nécessaire à la prévention, au dépistage et aux soins..."

J. RAINAUT : "Pour moi l'alcoologue vient d'où il veut et non pas seulement de la Faculté de Médecine."

C'est sans doute de l'insuffisance reconnue par les uns et les autres qu'est venue l'idée de multidisciplinarité ou d'interdisciplinarité. La complémentarité des différents spécialistes est posée comme axiome et la collaboration des uns avec les autres ferait l'efficacité. Mais si chaque terme de notre sujet de travail tire son sens de la présence des autres termes (relations syntagmatiques), il faut aussi tenir compte des termes absents, mais qui auraient pu s'inscrire dans ce contexte (relations paradigmatiques).

Par exemple, on ne nous a pas demandé de prendre la parole dans le cadre de "la Communication en Cardiologie entre médecins et non-médecins." Car la cardiologie est affaire de médecins, et seulement de médecins, cela va de soi. Mais en alcoologie, il semble bien que les choses n'aillent pas de soi.

D'où la deuxième question : L'alcoologie s'inscrit-elle dans un domaine uniquement médical ? Est-ce uniquement une affaire de soignants ? On ne nous a pas demandé non plus de parler de "la Communication en alcoologie entre infirmiers et psychologues ou entre assistantes sociales et diététiciennes." Le problème de la communication n'est-il pas aussi pressant dans ces cas-là ?

Disons le clairement : le champ alcoologique est actuellement morcelé. Cet état de fait pose des problèmes de communication entre les différents "spécialistes". Il semble en effet difficile de trouver un langage commun quand il s'agit d'alcoologie.

Mais au fait, qu'est-ce que l'alcoologie ? Comment la définir ?

Une discipline porte sur une matière. La matière est ici le champ alcoologique c'est-à-dire, au sens le plus large, l'ensemble des rapports entre l'homme et l'alcool. Mais une discipline possède aussi un objet, c'est-à-dire qu'elle doit se construire elle-même un ensemble de concepts à l'aide desquels elle interroge sa matière.

Par exemple, l'alcoologie serait cette discipline qui vise à élucider les rapports de l'homme à l'alcool... et pour ce faire (se faire) elle devrait construire son propre objet, c'est-à-dire les outils conceptuels qui lui seraient spécifiques.

Notre nouvelle question est alors celle-ci : pensez-vous qu'il soit possible de concevoir une alcoologie ayant ses propres lois, une alcoologie autonome par rapport aux disciplines qui lui sont adjacentes et qui lui prêtent aujourd'hui leurs outils ?

Et cette question, à la manière des poupées russes, en contient d'autres, comme celle-ci : Le discours médical à lui seul peut-il suffire à construire l'alcoologie ? En d'autres termes, alcoolopathies mises à part, le médecin est-il mieux placé qu'un autre pour comprendre la relation de l'homme à l'alcool ?

Bien sûr, il faut se rendre compte que depuis 1966, date à laquelle P. FOUQUET a relancé le mot "alcoologie" celle-ci entre de fait (de fait social dirais-je) dans le champ médical. Il suffira pour s'en convaincre d'ouvrir le Petit Larousse Illustré 1984 pour y lire la définition actuellement retenue :
ALCOOLOGIE : "Discipline médicale qui s'occupe de l'alcoolisme et de sa prévention."

En 1984, un alcoologue ne peut pas admettre cette définition réductrice qui ne s'appliquerait pour lui qu'à une "Alcoolismologie".

Et déjà surgit la question suivante : "Devra-t-on, dans un proche avenir, être nécessairement un médecin avant d'être un alcoologue ?"

Mais au fait, un alcoologue c'est quoi ? C’est qui ? Ça sert à quoi ? Et à qui ?

Car si pour être un alcoologue il fallait être obligatoirement un médecin, alors que signifient ces expressions de plus en plus courantes : alcoologue-infirmier ou infirmier-alcoologue ? La confusion règne entre des expressions qui, sémantiquement, sont différentes.

L'énoncé "Monsieur X est un médecin-alcoologue" ne signifie pas tout à fait la même chose que l'énoncé "Monsieur X est un alcoologue-médecin". Dans le premier cas, on ignore si le mot "alcoologue" est un substantif ou un adjectif, et chacun entend ce qu'il désire. Dans le second cas, d'emblée, "alcoologue" est identifié comme substantif.

En d'autres termes, est-on plus ou moins "alcoologue" comme on dit communément d'une personne qu'elle est plus ou moins psychologue ? En nous posant ces questions devant vous, communauté scientifique impliquée dans le champ alcoologique, nous souhaitons mettre ces questions en commun, c'est-à-dire, en somme, faire acte de communication... en espérant qu'elles soient communicables... voire communicatives.

Bien qu'il ne nous ait pas été demandé non plus de parler de "la communication en alcoologie entre alcooliques et non-alcooliques", il faut bien admettre que les échanges entre les uns et les autres ne sont guère favorisés non plus par ce clivage préalable.

Mais... continuons à ouvrir les poupées russes... voilà que surgit une autre question : "y a-t-il des "malades alcooliques" ou des "alcooliques malades" ?". " Tout cela n'est pas évident pour tout le monde.

Et si l'alcoolique ne se reconnaît pas volontiers malade, une chose est sûre au moins, c'est qu'il peut rendre malade pas mal de gens, à commencer par les "spécialistes" qui s'occupent de lui, et les soignants.

Au demeurant, il est certain, qu'il existe des alcooliques qui sont des malades, nous pensons à ceux qui développent des alcoolopathies. Il n'est pas contestable que ceux-ci aient à voir avec le soignant- médecin et avec les soignants non-médecins.

Alcoologie, alcoologue, alcool, alcoolique... des mots certes, mais derrière les mots ? Que recouvrent très précisément ces termes pour chacun d'entre nous?

Et si, par exemple, l'alcoologie n'était que la discipline qui s'occupe de l'alcoolisation, c'est-à-dire des multiples processus qui conduisent un individu à absorber de l'alcool dans un but ou dans un autre. Il faudrait alors s'entendre sur le mot "alcool" radical commun aux termes évoqués. L'alcool n'est-il pas à la fois un signe, un signifiant, une substance, un produit, une marchandise, une molécule, un pharmakon.

Et si le sujet de notre groupe de travail avait été tout simplement : "Communication en alcoologie entre alcoologues" ?...

En dernière analyse, le problème de la communication alcoologique se poserait-il avec autant d'acuité s'il existait à la fois une alcoologie et des alcoologues, l'alcoologie étant alors exprimée par ce langage commun forgé par ce théoricien et ce praticien que serait l'alcoologue ? L'alcoologie ainsi définie comme discipline s'occupant de l'alcoolisation ne répondrait-elle pas mieux aux secteurs de la prévention, des entretiens cliniques et de la formation ?

Mais voici qu'apparaît la dernière poupée russe, celle qui semble tellement petite qu'on l'oublierait volontiers.

Élucider sa propre alcoolisation, n'est-ce pas pour l'alcoologue un excellent levier pour appréhender la relation de l'autre à l'alcool ?

Il est toujours trop facile de parler de la relation des autres à l'alcool. L'alcoologue ne peut pas ne pas se mettre lui-même en questionnement sur sa propre relation à l'alcool. Ce questionnement l'aidera d'une part à moins juger et à mieux comprendre ceux à qui l'alcool fait problème et d'autre part, à mieux se situer dans le champ de la prévention et dans le champ de la formation d'autres alcoologues.

Il reste probablement bien d'autres poupées russes cachées. La progression dans la discipline alcoologique permettra peut-être d'en retrouver quelques-unes.

Michel FACON
Intervention au 32ème Congrès International sur l'Alcoolisme et les Toxicomanies.

(ICAA / CIPAT) Athènes 1985.
Paru dans "La Revue de l'Alcoolisme". 1985

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Avec la PNL... Un fragment d'alcoologie

Dans les précédents numéros, nous avons mis en évidence la présence de deux parties PA et PS (Partie "Alcoolique" et partie "Sobre") chez la personne alcoolique et montré l'importance de réconcilier ces deux parties qui ne sont habituellement jamais présentes en même temps (Intégration des parties), afin de pouvoir dialoguer avec la personne et entamer un travail, en utilisant certains outils spécifiques de PNL...

Je conseille vivement au lecteur de relire attentivement l'article précédent : Partie "Alcoolique" et partie "Sobre".

L'article d'aujourd'hui est la retranscription d'une séquence clinique. J'invite le lecteur à faire comme s'il était présent pendant la séance de travail avec Éliane. Une appréciation pleine et entière de ce fragment de clinique alcoologique nécessiterait la vidéo. La séquence clinique suit quelques généralités sur l'approche PNL en alcoologie. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux commentaires.

Que fait exactement l'alcoologue ?

Il regarde, écoute, reformule ce que dit son vis-à-vis et pose des questions. Celles-ci sont destinées à recueillir les informations dont il a besoin. Il se garde de toute interprétation et de tout commentaire portant sur ce que dit la personne alcoolique.

L'alcoologue formé à la PNL applique une méthode précise. Il sait où il va et où il veut conduire son vis-à-vis. Il cherche délibérément à influencer ce dernier et il le fait avec intégrité et respect (notion "d'écologie") en tenant compte de l'objectif du patient. (Le travail sur l'objectif consiste à lui faire définir, à l'aide de questions précises : comment passer de son état présent à un état désiré (objectif) dont il peut ne pas avoir encore conscience (ou dont il ne mesure peut-être pas toutes les implications).

Nous reparlerons plus longuement de ce travail essentiel, ultérieurement. La toute première chose qu'il fait, c'est établir le rapport avec son interlocuteur de façon à enclencher une relation de confiance. (Établir cette relation est essentiel pour l'efficacité du travail thérapeutique).

Pour créer ce rapport et le maintenir au cours du travail, il utilise une procédure sophistiquée connue en PNL sous le terme de "synchronisation". Celle-ci consiste à observer l'interlocuteur et à refléter en miroir sa posture globale, ses gestes, le ton et le rythme de sa voix, le rythme de sa respiration et d'autres paramètres encore... Il utilise également la synchronisation verbale : pour cela, il repère préalablement les prédicats employés par son interlocuteur et utilise lui-même des mots qui appartiennent au même registre (Visuel, Auditif ou Kinesthésique : V, A ou K).

Le lecteur comprendra ce que cela demande d'observation, d'adaptation et de flexibilité à chaque instant.

Les questions que pose l'alcoologue sont de différentes sortes. Certaines sont destinées à recueillir l'information nécessaire à la résolution des problèmes, d'autres à faire dire à la personne alcoolique ce qu'elle veut (précision de l'objectif), d'autres encore ont pour but de l'amener à élargir son modèle du monde et par conséquent à lui rendre possible des comportements nouveaux là où il se croyait limité. C'est seulement lorsque ce rapport est établi que l'alcoologue peut prendre en mains la conduite des interventions sans soulever de "résistances" de la part du patient.

L'exemple d'Éliane

Bien sûr, la séquence suivante est retranscrite à partir du moment où le rapport de confiance avec Éliane était déjà installé. (Il s'agit d'une retranscription. le style oral a été conservé)

Éliane, sa honte et son désir "d'éliminer" PA

M.F : "Si j'ai bien compris ce que tu dis, Éliane, d'un côté du voudrais cesser de boire et de l'autre côté tu bois et c'est plus fort que toi. Est-ce bien cela ? (1)

E : Oui, c'est tout à fait ça.

M.F : C'est un peu comme s'il y avait deux personnes en toi, l'Éliane qui veut boire et l'Éliane qui ne veut pas boire, autrement dit, l'Éliane alcoolique (PA) et l'Éliane sobre (PS). (2) Est-ce que c'est facile pour toi de vivre dans cette situation ?

E : Non, bien sûr, et c'est pour cela que je suis venue au centre !

M.F : Tu es venue au centre pour cela, mais qu'est-ce que tu veux exactement ?

E : Par rapport à ces deux Élianes ?

M.F : Oui, par rapport à ces deux Élianes.

E : Ben... je ne sais pas...

M.F : Tu ne sais pas (3). Imagine que tu as une baguette magique et que tu peux faire tout ce que tu veux avec elle(s). Qu'est-ce que tu fais ? (4)

E : (en plaisantant) Alors là, je me débarrasse tout de suite de celle qui boit !

M.F : Tu t'en débarrasses ?

E : Oui, je l'élimine quoi !... et il ne reste plus que celle qui ne boit pas !... celle qui boit me fait honte. (5)

M.F : Quelle est celle des deux qui a honte de l'autre ?

E : Eh bien, celle qui ne boit pas bien sûr.

M.F : Celle qui ne boit pas a honte de celle qui boit (6) et celle qui boit, elle, est-ce qu'elle a honte ? (7)

E : Ah non alors, elle, elle se fout de tout.

M.F : A ton avis, en te faisant boire, qu'est-ce qu'elle veut faire pour toi, cette Éliane Alcoolique ? Quel est son but ? Quelles sont ses intentions à ton égard ? (8)

COMMENTAIRES

(1), (2), (3) sont des exemples de reformulation. Il s'agit de redire en d'autres termes, et avec l'accord d'Éliane, ce qu'elle vient de dire. La reformulation doit contenir l'essentiel du discours d'Éliane.

(4) Le "coup" de la baguette magique aide Éliane à dire ce qu'elle veut. A ce stade du travail, il m'arrive souvent d'employer cette procédure. Les réponses obtenues avec d'autres personnes sont du même style que celles d'Éliane : "je tuerais PA"... "Je veux la faire disparaître"... "Je veux l'oublier"... etc... Et lorsque la réponse n'est pas verbale, les gestes sont tout aussi éloquents, si ce n'est plus, comme le geste de tirer au revolver sur PA par exemple.

(5) Éliane dit qu'elle a honte. Souvent, lorsqu'une personne a honte, l'expérience montre qu'il y a une distorsion dans l'image qu'elle se représente. Il est possible, comme le montre la suite, de régler ce problème rapidement. Cette honte gène manifestement Éliane et je prépare l'intervention qui lui permettra de continuer le travail avec confort.

(6) En fait, Éliane est dans la peau de PS et voit PA devant elle. En observant les mouvements oculaires d'Éliane, je sais qu'elle a une image devant elle. Cette image, qu'elle décrit d'ailleurs un peu plus loin, provoque cet état interne de honte (c'est-à-dire un kinesthésique désagréable).

(7) Cette question est destinée à vérifier si Éliane fait toujours la distinction entre PA et PS. La honte est bien un sentiment éprouvé par PS et par PS seulement.

(8) Éliane continue à voir cette image qui lui fait honte et cela la gêne toujours pour aller plus loin...

(9) Elle évoque à nouveau sa honte. C'est ici que je décide d'intervenir pour régler ce problème au passage avant d'aller plus loin.


E
: (Surprise) Ce qu'elle veut faire pour moi ? Ses intentions ?

M.F : Oui, ce qu'elle veut faire pour toi, ce qu'elle veut faire de bien pour toi.

E : Ben... elle ne veut rien faire de bien pour moi. C'est pour cela que j'ai honte (9) d'elle quand je n'ai pas bu.

M.F : En ce moment, qu'est-ce que tu vois là-haut? (10)

E : Je me vois lorsque j'ai bu et ça me fait honte (11). Je me revois lorsque mon mari a découvert que je buvais...

M.F : Si je comprends bien, dans cette image, tu te vois et tu vois aussi ton mari, c'est bien ça?

E : Oui, c'est ça.

M.F : Est-ce que tu peux continuer à regarder cette image? Y a-t-il quelque chose qui attire ton attention dans cette image ? Regarde bien... (12)

E : J'ai honte... Je ne vois rien d'autre.

M.F : Regarde encore... quelle est ta taille par rapport à celle de ton mari dans cette image ?

E : Je suis plus petite que mon mari et... (Silence. Elle paraît étonnée). Et ...? Ce qui est bizarre c'est que je suis plus petite que je ne le suis dans la réalité... c'est drôle... (13)

M.F : Je vais te proposer un petit changement, juste pour voir et sentir ce qui va se passer... tout en laissant ton mari à la taille qu'il a, est ce que tu peux te grandir de telle sorte que tu te vois, face à ton mari, avec ta taille normale par rapport à lui...

E : (Silencieuse quelques instants) puis : ça y est, j'ai une taille normale.

M.F : Et comment te sens-tu en regardant cette image maintenant ? (14)

E : ça va maintenant, je n'ai plus honte ! (15)

M.F : OK, tu n'as plus honte. Est-ce que tu peux continuer à regarder cette Éliane alcoolique et, tout en la regardant, est-ce que tu peux lui demander ce qu'elle veut faire de positif pour toi, en buvant ? Pose lui la question en t'adressant à elle, dans ta tête... (16)

E : C'est drôle, elle ne répond pas mais elle s'est redressée... (17)

M.F : C'est bien, maintenant que tu n'as plus honte d'elle, elle se redresse et maintenant qu'elle s'est redressée, dis-lui que c'est très important pour toi de connaître ses intentions positives (18) à ton égard... Dis-lui que tu es prête à l'écouter vraiment... et souviens-toi qu'écouter ne veut pas forcément dire être d'accord... (19)

E : (Silencieuse. Elle est en dialogue interne) Elle m'a dit... elle dit... c'est drôle... elle dit qu'elle me fait boire lorsque je suis angoissée...

COMMENTAIRES

(10) Éliane regarde à nouveau cette image de PA et...

(11) Elle répète à nouveau qu'elle a honte.

(12) Je veux obtenir des précisions sur l'image.

(13) Comme il est dit plus haut, cette disproportion est fréquente lorsqu'un patient évoque la honte.

(14) Je veux vérifier que l'intervention sur la honte est faite et que je peux poursuivre mon travail avec Éliane.

(15) Ce problème est réglé, elle le dit elle-même !

(16) Je reviens à la question posée en (8).

(17) Éliane fait comprendre que PA était sans doute affaissée puisqu'elle se redresse. C'est un effet de l'intervention sur la honte.

(18) Intentions positives : le qualificatif "positives" est une présupposition adressée à PA.

(19) Il s'agit ici d'éviter toute résistance (tu peux écouter ce qu'elle va te dire puisque cela n'engage en rien).

 

M.F : Remercie-la d'avoir bien voulu te dire cela. (Elle la remercie) Et toi que penses-tu à ce sujet ? (20)

E : C'est vrai que je suis angoissée très souvent et que dans ces moments-là, je bois.

M.F : Quelle est l'Éliane qui est angoissée très souvent ? La sobre ou l'alcoolique ?

E : La sobre bien sûr !

M.F : Lorsque l'Éliane Sobre est angoissée, alors l'Éliane alcoolique vient à son secours et pour l'aider, elle a recours à l'alcool, c'est bien ça ? (21)

E : Oui, c'est bien ça, mais elle boit, et c'est ça qui me faisait honte. (22)

M.F : Au fond, elle te rend service puisqu'elle t'aide lorsque tu es angoissée. Qu'en penses-tu ?

E : Oui, vu comme ça, elle m'aide mais...

M.F : Mais ? (23)

E : Mais il y a l'alcool.

M.F : Oui, pour t'aider, elle utilise un moyen : l'alcool. (24) Est-ce que tu peux revoir l'Éliane qui s'alcoolise et la remercier de vouloir te désangoisser lorsque tu en as besoin ? Dis-lui que tu n'avais pas compris qu'elle voulait te rendre service, même si tu penses que l'alcool n'est pas forcément le meilleur moyen pour cela.

E : On dirait qu'elle s'est rapprochée de moi et qu'elle est plus colorée... L'image est plus nette et elle s'est encore redressée. (25)

M.F : Est-ce que tu peux la remercier d'avoir bien voulu t'écouter ?

E : C'est fait. Elle est plus brillante encore.

M.F : C'est bien. Elle sent que tu commences à l'écouter et à la respecter. Tu peux voir qu'elle se sent (26) reconnue pour le service qu'elle te rend !

E : Je n'aurais jamais cru qu'elle pouvait me rendre service ! (27)

M.F : Oui, et l'alcool est le moyen qu'elle a utilisé jusqu'ici pour te rendre service. Parmi tous les moyens qu'elle avait, à sa disposition, elle a employé le meilleur (28) même si ce moyen gêne l'Éliane sobre.

COMMENTAIRES

(20) Il convient de bien comprendre qu'il y a trois positions : celle de PA, celle de PS et celle d'Éliane. Il y a aussi des moments où Éliane se met en retrait pour réfléchir : on dit alors qu'elle est en "metaposition" par rapport au conflit entre PA et PS.

(21) Je sépare l'intention de PA du comportement d'alcoolisation. L'intention n'est pas le comportement.

(22) "... faisait honte" : Éliane emploie spontanément l'imparfait, ce qui montre que la honte n'est plus présente.

(23) Éliane commence à distinguer l'intention du comportement, mais une partie d'elle même s'y oppose encore. D'où le "mais..." et le silence qui suit. Ce qui est après le "mais" n'est pas exprimé.

(24) Renforcement afin d'obtenir que l'intention soit mieux séparée du comportement ou l'alcoolisation considérée comme moyen pour réaliser l'intention.

(25) Éliane décrit spontanément les changements de submodalités visuelles après qu'elle se soit adressée à PA. L'auditif interne a modifié les submodalités visuelles : l'image s'est "rapprochée" (distance), elle est plus "colorée" (intensité des couleurs), elle est plus "nette" (flou/net).

(26) "...Tu peux voir qu'elle se sent reconnue..." : noter l'emploie des prédicats visuels et kinesthésiques. PA a un système de représentation principal kinesthésique, mais c'est à PS que je m'adresse, qui, lui est surtout visuel.

(27) Éliane accepte désormais que PA lui rend service.

(28) Il convient désormais de faire accepter à Éliane que PA a jusqu'ici utilisé le meilleur moyen (alcool) à son répertoire, d'où l'idée :

1. PA avait d'autres moyens, mais ceux-ci étaient moins efficaces que l'alcoolisation pour la désangoisser.

2. PA fait de son mieux pour te rendre service.

 

E : Oui, je comprends et je me sens mieux, mais...

M.F : Mais...

E : Mais elle va continuer à s'alcooliser alors ?

M.F : Puisqu'elle te répond... maintenant qu'elle se sent respectée... et que tu n'as plus honte d'elle, peux-tu lui demander si elle serait prête à employer un autre moyen que l'alcool pour continuer à te rendre service lorsque tu es angoissée... un moyen qui serait plus efficace encore que l'alcool ? (29)

E : (Silencieuse un moment) Elle a dit oui !

M.F : OK, remercie-la puisqu'elle est tout à fait prête à collaborer avec toi.
Éliane a les traits détendus, elle respire mieux et sa peau est légèrement plus rose, sa voix est plus posée. Elle articule mieux et son corps s'est redressé.

E : C'est fatiguant mais je me sens mieux maintenant.

COMMENTAIRES

(29) Puisque PA n'a que d'excellentes intentions à ton égard, utilisons-les et demandons-lui s'il acceptera de mettre en place un "moyen plus efficace que l'alcool".

(30) "... avec elle(s)..." : quand Éliane entend "elle", elle ne sait pas si je parle de la baguette magique ou des deux Élianes (PA et PS). Cette ambiguïté est voulue. Cette pratique est fréquente en PNL.

 

Comme on peut le constater par la réponse obtenue, PA accepte très volontiers. Bien sûr, le travail n'est pas terminé. Il convient maintenant de guider Éliane pour effectuer la réunification de PA et de PS (par le Squash Visuel).

Comme le lecteur l'a compris, il faudra ensuite apprendre à PA des moyens plus efficaces que l'alcoolisation (Recadrage en 6 étapes). C'est ce que nous aborderons dans le prochain article.

Michel Facon
1ère parution dans "La Tempérance" n° 5 - Janvier 1993

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Les points sur les i...

La Revue : Depuis que tu écris dans la revue, tu nous as dit une foule de choses qui sortent souvent des sentiers battus. Ça plaît à certains, mais d'autres critiquent ta théorie...

Michel : Oui, on ne peut pas plaire à tout le monde et ce n'est d'ailleurs pas mon objectif. Je crois que certains critiquent vivement parce qu'ils confondent encore théorie et modèle. Je n'ai pas construit une théorie nouvelle de l'alcoolisme, j'ai simplement introduit, à l'aide de la PNL, une nouvelle manière de penser l'alcoolisme qui donne, à l'évidence, de meilleurs résultats sur le plan clinique. La PNL appliquée à l'alcoologie se situe hors des querelles d'écoles, mais cela n'est pas bien compris. Un modèle, je le répète ici, n'a pas la prétention de rendre compte de la vérité scientifique.

L.R. : Ce clivage, "Partie Alcoolique" et "Partie Sobre", est-ce une "maladie"... est-ce cela, selon toi, que l'on nomme "maladie alcoolique" ?

M : C'est vrai que cette espèce de clivage entre PA et PS est tellement concret et facilement repérable qu'on pourrait y voir le noyau de la "maladie". Pour ma part, ce clivage, avec son caractère séquentiel, n'est pas du tout une maladie. C'est une manière commode d'entrer en relation avec celui qu'on épingle "alcoolique" pour, ensuite, le conduire à comprendre qu'il peut remplacer la solution du recours à l'alcool par d'autres solutions plus adéquates.

Pour moi, l'alcoolisme n'est pas du tout une maladie mais un comportement. À l'exception des alcoolopathies - c'est ainsi que l'on nomme les maladies, les vraies, celles-là, dues au fait que l'alcool est un toxique - celui que l'on étiquette "alcoolique" n'a aucun intérêt à être baptisé "malade". La notion d'alcoolisme-comportement sort l'alcoolique du champ médical et responsabilise le sujet lui-même.

L.R. : Mais beaucoup disent encore "maladie alcoolique, malade alcoolique..."

M : Oui, jusqu'à ces dernières années c'était peut-être une bonne chose, mais aujourd'hui ce n'est plus nécessaire. Certains parlent encore de "maladie alcoolique" car ils croient qu'on finira par trouver un gène qui expliquera tout, d'autres pour justifier physiologiquement la nécessité de s'abstenir du produit alcool de la même manière qu'un diabétique doit s'abstenir du produit sucre. La dépendance à l'alcool est alors définie comme un phénomène purement physique et la seule solution à l'alcoolisme, conçu comme une maladie à part entière, est l'abstinence totale, définitive et permanente. Cette vision reste à mon sens, partielle. (Nous reviendrons sur ce point dans un prochain article...).

Le recours à l'alcoolisation est pour moi un comportement, c'est-à-dire quelque chose que la personne FAIT. Ce comportement, comme tout comportement, a été APPRIS. Il en va de même concernant la dissociation séquentielle PA/PS, qui, je l'ai souvent dit, est un mécanisme de survie...

L.R. : Qui dit mécanisme de survie dit danger ou danger potentiel... où est le danger ?

M : Bien sûr, ce mécanisme de survie a été appris, dans le passé, en urgence, dans des contextes bien particuliers. Cette dissociation PA/PS n'est pas un état (statique) mais un processus (dynamique). C'est un mécanisme à la fois fiable, ultrarapide, à caractère automatique et qui vise, dans l'urgence de la situation présente, à la survie du sujet. Il met PA en place et éclipse PS. On a vu qu'ensuite PS s'alcoolise et que, ce faisant, il modifie la manière dont est perçu le contexte par le sujet.

Nous avons d'ailleurs vu, dans mon article précédent, que cette modification est tellement ancrée chez le sujet qu'elle peut même, à l'occasion, se déclencher sans l'ingestion réelle du produit alcool, phénomène des "cuites sèches"...

L.R.: Il y a donc eu un traumatisme dans l'enfance ?

M : Oui, dans l'enfance ou dans l'adolescence. Mais il faut ici mettre les points sur les "i" et dire que le traumatisme doit être évalué en fonction de la carte du monde qu'avait le sujet à l'âge du traumatisme.

L.R. : Alors, ces traumatisme, quels sont-ils ?

M : Ce sont des événements toujours très difficiles à vivre, excessivement pénibles voire horribles et insupportables. Bien sûr, ces événements sont variables d'un sujet à l'autre. J'ai été frappé par le nombre d'événements inacceptables sur le plan social, des choses qui restent encore très souvent secrètes, non dites, comme des histoires d'enfants battus, de viols, d'incestes. C'est là, à ce moment-là, dans l'urgence d'une situation à laquelle le sujet ne peut se soustraire, que le clivage a été appris pour faire face à l'insupportable.

Cette dissociation (ou désassociation) n'est pas une maladie puisque tout un chacun peut apprendre à se dissocier exactement de la même manière. Cette faculté de se dissocier est plutôt un don, elle a une fonction positive capitale. Grâce à elle, une partie du sujet rend service à la personne et assure sa survie.

L.R. : Est-ce que tu peux donner un exemple ? Dans l'article précédent tu as parlé du cas de Natacha... Que s'était-il passé pour Natacha ?

M : Le cas de Natacha est très dur... à peine croyable... Natacha n'est cependant pas la seule dans ce cas-là à être devenue par la suite "alcoolique"... Natacha était violée, régulièrement, par son propre père, lorsqu'elle était gamine... Cela a commencé par des attouchements sexuels et, au fil des années, le père a fini par pénétrer sa fille... ça se passait presque chaque soir, à l'étage, dans la chambre de Natacha : la mère, qui n'a jamais rien su ou n'a jamais rien voulu savoir, était au rez-de-chaussée...

Dans un contexte comme celui-là on comprend aisément, me semble-t-il, l'urgence d'une dissociation séquentielle. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé pour Natacha : on pourrait dire qu'elle s'absentait de son corps pour supporter l'insupportable. D'ailleurs, pouvait-elle faire autrement ? Il y allait de sa survie...

Une fois acquise, apprise, cette faculté de se dissocier reste comme une possibilité, comme un mode de réponse possible... Cela veut dire très concrètement que la petite Natacha a ensuite grandi. Elle a rencontré l'alcool et s'est aperçue que le produit alcool aide beaucoup à la dissociation lorsqu'une situation de la vie quotidienne est insupportable.

L.R. : Peux-tu reprendre cela ? Il y a, me semble-t-il, deux choses à distinguer :
1) ce qui s'est passé dans l'enfance et qui a contraint Natacha à mettre en place la dissociation séquentielle et
2) les épisodes d'alcoolisation de la Natacha adulte...

M : Oui... C'est ça... dans l'enfance il y a eu l'inceste maintes fois répété et l'installation de la dissociation séquentielle en tant que mécanisme de survie... Entre l'enfance et l'âge adulte cette faculté de se dissocier a persisté comme un acquis, comme une sorte de don extraordinaire auquel le sujet peut avoir recours en cas de besoin, à chaque fois qu'il rencontre une situation difficile...

L.R. : Est-ce qu'il s'agit toujours de viols, d'incestes ou de choses de ce genre ?

M : Certainement pas. Tous les traumatismes peuvent être représentés. Ils sont cependant toujours vécus par le sujet avec une telle intensité que la seule solution est la dissociation. Ce sont souvent des traumatismes devant lesquels le sujet se trouve dans l'impossibilité de fuir.

L.R. : Dès lors, quelle est la psychothérapie la plus indiquée, selon toi ?

M : À mon avis, alcooliques et toxicomanes nécessitent bien plus qu'une psychothérapie...

L.R. : Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

M : Je veux dire que la psychothérapie classique, traditionnelle, ne suffit pas. Elle peut rendre des services inestimables, bien sûr, mais elle ne suffit pas parce que, généralement, elle traite la personne sans tenir compte de la dissociation.

Il faut, tout d'abord, installer la confiance avec beaucoup de rigueur et, ensuite, analyser le plus finement possible les contextes dans lesquels apparaît le recours à l'alcool. Ceci revient à obtenir du sujet qu'il décrive très concrètement, en termes sensoriels d'abord, les situations précises dans lesquelles la Partie Sobre du sujet déclenche la stratégie d'alcoolisation et tout ce qui s'ensuit à partir de là...

Avec un peu de pratique, on finit par s'apercevoir que ce sont des émotions très désagréables qui sont à l'origine du recours à l'alcoolisation systématique.

L.R. : Qu'est-ce que tu veux dire exactement quand tu préconises d'analyser le contexte ?

M : Je veux dire faire une analyse descriptive du contexte. Je ne parle pas d'analyse interprétative, bien entendu, la description du contexte s'obtient en réponse aux questions : "Quand bois-tu ? Avec qui ? Que vois-tu, qu'entends-tu, que ressens-tu ?" etc... dans la situation dans laquelle tu vas boire ? Et une foule d'autres questions.

Placé dans un environnement donné, le sujet perçoit son environnement (c'est une perception externe), se perçoit dans cet environnement et évalue globalement la situation en lui donnant une signification. Tout cela se passe évidemment très vite et fait apparaître un état interne désagréable qui est à l'origine de l'alcoolisation.

L.R. : De quoi dépend la signification qu'accorde le sujet aux contextes dont tu parles ?

M : Cette signification est fonction des expériences antérieures qu'a faites le sujet, de ses croyances, de ses valeurs et critères personnels. Il faut bien comprendre ici qu'un vécu corporel n'est rien d'autre qu'un vécu. À lui seul, et en soi, il ne veut rien dire du tout. C'est le sujet qui va lui donner une signification précise. Et, fort vraisemblablement, à un vécu identique, des sujets différents font correspondre des significations différentes.

L.R. : Si j'ai bien compris, tu prends en compte l'environnement externe et interne, les perceptions du sujet en termes de vu, entendu, et ressenti (VAK). Ensuite, tu cherches à savoir la signification qu'à la situation pour le sujet.

M : C'est tout à fait ça. C'est de cette manière qu'on peut établir une liste des contextes dans lesquels l'alcoolisation apparaît à coup sûr... ou presque... Tout cela représente le recueil des données. Ensuite, on établit la série des interventions. Les lecteurs ont maintenant une petite idée de la succession des interventions.

L.R. : Est-ce que tout cela n'est pas une psychothérapie ?

M : Oui... Oui et non. Pour moi, ça représente bien plus qu'une psychothérapie. Je ne sais pas comment baptiser cette procédure qui est plus concrète, plus précise et mieux structurée qu'une psychothérapie traditionnelle. C'est une psychothérapie si tu veux, certes, et en même temps, ça va bien au-delà...

C'est tout un ensemble d'apprentissages et de réapprentissages, ça s'apparente beaucoup à une sorte d'éducation ou de rééducation. Cette procédure va au-delà d'une psychothérapie classique en étendue et en profondeur, tout en durant le plus souvent beaucoup moins longtemps que cette dernière.

L.R. : Les gens s'étonnent souvent lorsque tu dis qu'en quelques jours on peut régler ses problèmes avec l'alcool...

M : Oui, je comprends leur étonnement. Néanmoins c'est possible et nous l'avons fait à maintes reprises notamment dans les stages "En finir avec l'alcool" en cinq jours. Il y a cependant un pré requis : il faut que la personne soit décidée à régler son problème. C'est évident, mais il est bon de le rappeler de temps en temps.

L.R. : Au fil de tes articles, on voit se dérouler toute une procédure d'interventions et tu nous rappelles, de temps à autre, que cette procédure d'ensemble est efficace pour les autres dépendances. Ma question est celle-ci : Est-ce que, dans les autres dépendances, on retrouve aussi ces traumatismes dont tu as parlé tout à l'heure ?

M : Oui, on retrouve ces traumatismes également dans les autres addictions, y compris dans les cas d'anorexie et de boulimie. Je voudrais revenir sur un point. C'est vrai qu'au fil de mes articles je laisse entrevoir le modèle que j'emploie. Il y manque toutefois la partie qui concerne l'intervention sur le traumatisme initial.

L.R. : Oui, alors, que fait-on dès le moment où l'on a découvert ce traumatisme, qui, il faut bien le dire, est quelque chose de très intense et de très pénible ? Faut-il faire revivre le traumatisme au sujet pour l'en débarrasser définitivement ?

M : Bien sûr, il est nécessaire, le plus souvent, de traiter ce traumatisme, cela va de soi.
Mais il est important d'ajouter que nous avons, en PNL, de nombreux outils pour arriver à ce résultat. Et ce qui est encore plus important de savoir, c'est qu'il n'est pas nécessaire de revivre le traumatisme initial pour s'en débarrasser.

Michel FACON
1ère parution dans "La Tempérance" n° 12 - Octobre 1994

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Réponses à une Lectrice

Murielle a une sœur alcoolique. Voici ses questions :

1) Est-ce que l'alcoolisme est un état de dépression avancé ?

2) Est-ce que l'on peut dire qu'un alcoolique fait preuve de lâcheté ? Ou est-ce simplement de la peur ? Peur de vivre ? Peur de mourir ?

3) La dépendance à l'alcool est-elle psychique ou physique ? Ou les deux ? Sur quoi faut-il agir pour lutter contre l'alcoolisme ?

4) Le fait de boire abusivement le week-end pendant une soirée est-il une forme d'alcoolisme ? Est-ce que cela peut dégénérer en une dépendance alcoolique ?

5) Qu'est-ce qui est le plus grave : boire un apéritif chaque soir de la semaine ou rechercher l'ivresse un soir dans la semaine ?

Un livre de plusieurs centaines de pages ne suffirait pas pour répondre à Murielle. Je souhaite cependant qu'elle trouve des débuts de réponse dans le texte suivant, que j'ai rédigé en pensant à elle.

Remarques préalables

Le terme "alcoolisme", apparu en 1849 sous la plume du médecin suédois Magnus HUSS, désignait l'ensemble des conséquences de l'intoxication éthylique sur le corps humain ; il reconnaît ce que l'on nomme aujourd'hui les "alcoolopathies", c'est-à-dire les maladies causées par l'abus d'alcool.

Je regrette beaucoup, pour ma part, que le terme ait élargi sa signification à un tel point qu'il ne veuille plus dire grande chose aujourd'hui.

Dans le sens donné primitivement par M. HUSS, l'alcoolisme (ou les alcoolopathies) appartient au domaine du seul médecin. Dans ce sens, seul le médecin est compétent pour soigner l'alcoolisme.

Chacun sait aujourd'hui que la personne en difficulté avec l'alcool n'est pas seulement confrontée à une molécule prise en excès. En d'autres termes, "l'équation excès d'alcool égale alcoolisme" est fausse et naïve.

L'alcoologie dépasse très largement le cadre médical et implique beaucoup d'autres spécialistes.

À mon avis, il est préférable de parler d'alcoolisation et de dire que l'alcoolisation est un comportement (et non une maladie). Le concept d'alcoolisation n'introduit aucune ligne de partage entre ceux que l'usage nomme "alcooliques" et les autres. On peut alors définir une personne qui s'occupe des questions d'alcoolisation comme un alcoologue (et ce dernier n'est pas forcément un médecin comme tendent à le croire beaucoup trop de gens).

L'alcoologue est donc ce spécialiste qui, quelle que soit sa profession d'origine, a pour vocation d'élucider la relation de l'homme à l'alcool. À mon sens, l'alcoologue devrait avoir analysé sa propre utilisation des produits psychotropes et toxiques avant d'élucider celle des autres. Cet aspect devrait être inclus dans sa formation.

À mon avis, le problème de la prévention de l'alcoolisme, puisqu'il faut malgré tout utiliser ce mot, est mal posé.

Actuellement, la prévention ne cible que les alcoolopathies qui, seules, sont liées à l'excès d'alcool. Cette prévention ne peut pas prévenir les difficultés que rencontre une personne avec l'alcool car l'origine de ces difficultés n'est pas vraiment prise en compte.

Pour être plus clair, je dirai que la prévention des alcoolopathies est du domaine médical et paramédical. Par contre, introduire une prévention qui tente de diminuer le nombre des personnes dépendantes de l'alcool est encore une entreprise à mettre en œuvre. Rien n'est fait actuellement en ce sens car le public croit encore que l'alcoolisme est causé par l'excès d'alcool.

L'apparition de la PNL a profondément bouleversé les concepts utilisés jusqu'ici dans le champ de l'alcoologie. Un nouvel ensemble d'idées a vu le jour et ces dernières, nettement plus efficaces en pratique, prennent peu à peu le pas sur les anciennes notions. De nouvelles "cartes" viennent découper et représenter le champ de l'alcoologie et sont à l'origine de modèles nettement plus performants.

Dans le cadre de la PNL, il n'est plus possible d'appréhender "l'alcoolisme" et les autres addictions comme on le faisait jusqu'ici. Il est possible maintenant de cerner l'essentiel des croyances, valeurs et critères qui sont à la base d'une identité et de les ajuster de telle sorte que le recours à l'alcool ne soit plus nécessaire.

En quoi consiste l'alcoolisme ?

Je rappelle à Murielle les quelques propositions suivantes : Le sujet est placé dans un contexte particulier qu'il a du mal à gérer sur le plan émotionnel. Il ressent un état interne désagréable ; celui-ci émerge à peine qu'il est déjà à l'origine d'un comportement d'alcoolisation immaîtrisable. Cet état interne n'est pas de même nature que celui qui déclenche une simple envie d'alcool, qui, elle, conduit à une alcoolisation maîtrisable.

"L'alcoolique fait-il preuve de lâcheté ?" Certainement pas ! Il n'est, bien entendu, ni vil, ni méprisable et ne manque pas de rigueur morale ni de courage. Il faut bien saisir, Murielle, que "l'alcoolique" ne peut pas ne pas boire dans certaines circonstances. Il ne peut pas résister pour deux raisons me semble-t-il ; d'abord, parce que l'état interne ressenti réveille le traumatisme initial et ensuite parce que le mécanisme est compulsif.

J'invite ma lectrice à relire attentivement mes deux articles sur la compulsion et à méditer ceci : votre sœur a des problèmes avec l'alcool, certes, mais il n'est pas question un seul instant de la juger. Savez-vous, Murielle, que l'on peut aujourd'hui "greffer" une compulsion à n'importe qui, pourvu que la personne veuille bien se prêter à l'expérience ? Cela veut dire très clairement que cette personne, pourtant "non-alcoolique" se conduirait exactement comme un "alcoolique" !

(Soyez rassurée, Murielle, on peut enlever ensuite, très facilement, cette sorte de compulsion artificielle).

Le traumatisme initial

La grande majorité des français s'alcoolisent mais un certain nombre seulement (10% ?) deviennent dépendants à l'alcool. Comment comprendre cela ? Et comment comprendre du même coup l'échec des entreprises de prévention jusqu'ici ?

Ne devient pas "alcoolique" qui veut, et il ne suffit pas pour cela de boire en excès. L'affaire est à la fois plus simple et grave : un traumatisme insupportable, souvent répété, est intervenu dans l'enfance, l'adolescence ou même parfois à l'âge adulte. Pour faire face au caractère insurmontable du traumatisme, le sujet s'est disloqué, clivé, divisé en deux parties, l'une observatrice et l'autre observée. Cette dissociation, comme nous la baptisons, est juste antérieure à l'autonomisation de la souffrance et à son contrôle.

Cette dissociation réactive correspond à une situation subjective que seul le sujet serait à même de décrire pour lui-même avec pertinence. Processus beaucoup plus qu'un état, cette dissociation de base est un mécanisme appris par le sujet dans l'urgence de la situation traumatisante. Beaucoup d'événements peuvent être à l'origine d'une telle dissociation de base : Viols, incestes, abus, brutalité... sévices souvent méconnus dans le système familial et l'entourage, parfois connus mais tus.

Ce qu'il importe de comprendre, Murielle, c'est que ce clivage a été un don du ciel au moment où le traumatisme est survenu. En ce sens, la dissociation, origine lointaine de la dualité (PA) (PS), n'est pas un problème mais une solution pour le sujet.

Solution ou problème

Bien sûr, je comprends que si ce clivage est une solution pour le sujet, c'est en même temps, un problème pour l'entourage (et aussi les professionnels !). Non seulement ce clivage est une solution, mais c'est la meilleure solution que le sujet ait pu mettre en place. Je sais que cela est dur à entendre mais cela permet de comprendre à la fois les difficultés de "l'alcoolique" et celles de son entourage. Car les notions de "problème" et de "solution" comme chacun peut s'en rendre compte par une réflexion élémentaire, sont des notions RELATIVES.

Dès lors, dès que l'on entend prononcer ces mots, il convient de se demander : problème pour qui ? Solution pour qui ? Peut-être "l'alcoolique" a-t-il peur, après tout... mais peur de quoi ? De revivre des années après, le traumatisme initial ? C'est possible... de ne pas parvenir à déclencher à temps sa solution dissociative ? Possible...

Mais il n'a pas envie de mourir. Au contraire, tout son être veut vivre. N'oublions pas que la dissociation est un mécanisme de survie, solution personnelle extraordinairement efficace ! L'alcoolisme n'est pas un comportement "autodestructeur" mais un comportement de vouloir vivre.

Lutter contre l'alcoolisme...

Pour prévenir les alcoolopathies, il suffit de diminuer la consommation d'alcool. Cette prévention est actuellement bien faite et ne pose pas de problèmes particuliers.

Par contre, s'il s'agit de lutter contre l'alcoolisme en tant que dépendance, l'affaire est singulièrement plus complexe. L'alcoolisation excessive n'est, en effet, que la partie visible de l'iceberg. Une prévention efficace devrait ici s'attaquer théoriquement à tous les événements susceptibles d'entraîner l'apparition d'une dissociation. Encore faudrait-il être convaincu que ces événements forment bien la matrice de l'alcoolisme en tant que dépendance. L'entreprise est vaste et nécessite un sacré doigté !

Sur le plan technique, il faut bien reconnaître que, depuis l'apparition de la PNL, il est plus simple d'aider un "alcoolique" à s'en sortir en effectuant avec lui un travail sur l'empreinte du traumatisme initial. Je sais que cette idée a du mal à être acceptée, mais nous savons, avec l'expérience acquise, que ce travail demande quelques jours.

Je me rends de plus en plus compte, après plus de vingt ans d'alcoologie clinique, du piège que tendent les mots. La série sémantique : alcool, alcoolisation, alcoolisme, alcoologue... serait à revoir. Ces concepts polarisent trop la pensée sur l'alcool en tant que produit et cachent l'essentiel des problématiques.

Une vraie prévention de l'alcoolisme demanderait à ce que l'on touche à ce qui se passe, parfois, dans l'intimité des familles... des choses cachées, ignorées, tues : des choses honteuses qu'on ne saurait dévoiler sans prendre des risques inouïs... une prévention de l'alcoolisme et des autres addictions (anorexie, boulimie, flambeurs...), je veux bien dire une prévention qui ne serait pas du semblant, prendrait en compte une dimension qui reste dissimulée au sein des familles...

Alcoolodépendance

Avec les concepts de dépendance physique et de dépendance psychique, on a l'impression, après ce qui précède, de tomber dans un autre monde. Il faut comprendre ici que l'ordre explicatif est différent. Nous sommes dans le domaine de la biologie.

Classiquement, la dépendance est à la fois physique et psychique et il est bien difficile de séparer les deux. Quand elle est décrite sur son versant physique, la dépendance se définit comme un état d'adaptation à l'alcoolisation tel qu'apparaissent des troubles physiques intenses dès que la consommation cesse : c'est le "syndrome de sevrage" ou "déprivation". La biologie émet des hypothèses explicatives au sujet de la dépendance : modification des neurotransmetteurs et modifications structurelles des membranes cellulaires.

Ceci étant dit, j'aimerais que ma lectrice comprenne qu'il n'y pas une seule explication au phénomène de l'alcoolisme. Chaque science apporte son éclairage particulier et offre ses outils. Les explications médicales n'excluent pas les explications sociologiques et psychologiques. Dans cet ensemble de sciences qui s'intéressent à l'alcoolisme, la PNL a un statut particulier dans la mesure où elle ne veut pas construire une nouvelle théorie. Elle offre un cadre conceptuel nouveau qui propose des solutions là où il n'y en avait pas jusqu'ici.

L'alcoolisme, une dépression avancée ?

Comme je l'ai dit à maintes reprises, je ne peux pas inclure l'alcoolisme dans le cadre des maladies.

Exception faite des alcoolopathies qui sont de la compétence du seul médecin, je pense que le traitement de l'alcoolisme n'appartient pas aux médecins, sauf s'ils sont des alcoologues, par ailleurs.

Dès lors, pour moi, l'alcoolisme en tant que tel ne saurait se ramener à une dépression avancée. Certes, la personne en difficulté avec l'alcool peut être sujette, comme tout un chacun, à la dépression. Je n'ignore pas, bien sûr, que les psychiatres décrivent volontiers des dépressions primaires préalables à une alcoolisation dite pathologique et des dépressions secondaires qui seraient, soit réactionnelles au sevrage, soit masquées par l'alcoolisation.

À mon avis, en dehors du remboursement de leurs soins par la Sécurité Sociale, les "alcooliques" n'ont pas grand intérêt à être aujourd'hui considérés comme des "malades".

Alcoolisme et doses d'alcool

Ce ne sont pas les doses d'alcool ingérées qui sont importantes mais plutôt le mode d'alcoolisation et l'inscription de celui-ci dans les contextes de la vie quotidienne.

En fonction de la vulnérabilité du sujet, les doses n'expliquent que la sévérité et l'étendue des seules alcoolopathies.

Le fait de boire abusivement le week-end, pendant une soirée, peut être considéré comme une forme d'alcoolisme s'il est prouvé par ailleurs, que le sujet ne peut pas ne pas boire. Il s'agit alors d'une perte de liberté de manœuvre par rapport au produit alcool.

Que dire encore à Murielle dans le cadre de cet article ? J'aimerais ajouter que la plupart des personnes en difficulté avec l'alcool ont une perception d'eux-mêmes peu favorable. Les croyances qu'elles entretiennent à leur sujet sont plutôt limitantes.

Elles doutent de leurs capacités, se sentent souvent coupables et pas assez bonnes. Souvent, elles se perçoivent comme des victimes dans leur environnement. Elles semblent souvent coincées dans des réactions émotionnelles et éprouvent des difficultés à tirer des enseignements du passé...

Michel FACON
1ère parution dans "La Tempérance" n° 14 - Avril 1995

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