par le Dr F. SCHMITT

Voici un curieux sujet. Pour l'introduire, permettez-moi de vous raconter une histoire.

Le novice demanda au maître : « Comment fait-on pour trouver le bon remède ? » Le maître répondit avec un air grave et une voix profonde : « Travaille, médite et sois accueillant ! »

Le novice regarda le maître et se dit en lui-même : « Quel maître compétent ! »

Après quelques années, l'ex-novice accueillant ses clients, travaillant ferme la Matière Médicale et méditant l'Organon, se trouvait encore gauche quelques fois, la confusion et le doute le désespérant. Alors il retourna voir le maître et celui-ci lui répondit inlassablement: « Travaille, médite et sois accueillant. »

Bien sûr, il lui parla en détail des paragraphes 98 et 153 de l'Organon, il insista particulièrement sur le paragraphe 3 : « Si le médecin perçoit clairement ce qu'il faut guérir dans chaque cas morbide individuel. » Le disciple se dit en lui-même : « C'est probablement cela, je ne perçois pas clairement ce qui caractérise un malade. Bien sûr, il y a des critères de choix, mais je les connais par coeur. »

Quelle ne fut pas sa perplexité quand il tomba sur un article de Gibson Miller(1) paru dans la fameuse revue de Kent "The homÏopathician". Il parlait en détail de la valeur des symptômes généraux ou particuliers, et parmi les symptômes généraux, il en classait un au-dessus de tous les autres qui, je cite, « est créé par l'union de tous les symptômes généraux et particuliers en un tout harmonieux... » 

« Pour seulement très peu d'entre nous, il est donné de pénétrer dans ces secrets et de comprendre quelque chose de presque indéfini qui sous-tend la plupart des symptômes et les caractérise, devenant ainsi l'élément maître de tout le remède. »

Et comme notre disciple n'était pas tout à fait idiot, il se dit la chose suivante :  « Pénétrer l'essence d'un remède, c'est comme pénétrer l'essence d'un malade. »

C'est cela qu'il faut percevoir dans les remèdes et dans les malades. Mais que de mystère autour de cela! Gibson Miller dit : « Pour seulement très peu d'entre nous il est donné. » Mais qui donne ? Est-ce une manne céleste, un don ? Il ne pouvait se résigner à cela, « ce n'est tout de même pas de la magie », et pourtant... Il sentait le désespoir poindre, quand justement il tomba sur un livre intitulé « La structure de la magie » (2). Et si la magie avait une structure ? Il fronça les sourcils, et se plongea dans cette lecture.

L'objet de ce livre était le modelage de l'excellence humaine, c'est-à-dire l'identification et le codage des structures comportementales caractéristiques, connues pour exceller dans un domaine particulier. Le but étant de permettre d'acquérir, a ceux que cela intéresse d'acquérir, ces savoir-faire et de les intégrer de façon simple et efficace, la personne pouvant alors agir systématiquement en étant capable de réaliser les mêmes performances que l'expert talentueux qui a été modelé.

A ce moment, le sang de notre disciple ne fit qu'un tour : « Travaille, médite et sois accueillant. », « Percevoir clairement ce qu'il faut guérir. », « Pénétrer l'essence des remèdes. ». Tout cela devait avoir une structure, il s'enquit alors de cette approche si passionnante et retourna voir son maître. Il lui posa cette question : « Comment savez-vous en vous-même que ce remède est le bon ? ». Et le maître, levant les yeux au ciel, répondit : « Je l'ai vu », puis il baissa les yeux...

Et si nous parlions un peu de programmation neuro-linguistique ? (PNL). A votre avis, quelles sont les étapes que vous suivez pour déterminer le similimum ?

  1. recueil d'informations
  2. choix des symptômes caractéristiques
  3. choix du similimum.

Pour chaque étape, chacun de nous possède une stratégie inconsciente plus ou moins efficace.

Communication non-verbale

Jusqu'à présent, vous n'étiez conscient que du contenu verbal de votre communication, la PNL, vous apprend à devenir conscient de la structure de la communication, le processus qui survient entre vous et votre interlocuteur à un niveau non-verbal ; cela se nomme communication non-verbale et inclut des paramètres tels que : mouvements du corps, dilatation pupillaire, couleur de la peau, fréquence cardiaque, respiration, tonalité de la voix, etc.

Contenu Processus
Information Structure
Pourquoi Comment
Verbal Non-verbal
Conscient inconscient

 

Présupposés de la PNL

  1. L'inconscient existe
  2. Tout comportement est communication. Une personne ne peut pas ne pas communiquer. A tout moment, nous envoyons des messages involontaires à notre interlocuteur
  3. Le sens de la communication est la réponse qu'elle déclenche. Quel que soit le message que véhiculent nos mots, la vraie communication est la réaction que nous suscitons. Nous avons le choix d'être flexibles de façon à communiquer en sorte d'obtenir la réponse que nous voulons. Ceci change la notion de patients résistants. Un jour, un ami confrère m'a dit : « Alors, depuis que tu fais de la PNL, est-ce que tu arrives à leur faire cracher le morceau ? » Cette phrase contient une présupposition de la part du confrère : certains patients ne crachent pas le morceau, autrement dit sont "résistants".

La PNL nous apprend à penser de la façon suivante : « Que puis-je faire d'autre pour que cette personne réagisse de façon plus thérapeutique ? »

Compétences pour un recueil d'informations de haute qualité

Voici deux compétences que possèdent les communicants excellents :

  1. Le rapport :
    C'est l'art de se mettre en phase avec le patient. La fonction du rapport est de créer la sécurité qui permette au patient d'exprimer ce qu'il a de plus profond. C'est la compétence non-verbale la plus importante que devrait posséder au minimum tout médecin. C'est celle qui permet d'obtenir un recueil d'information de haute qualité. Le rapport est créé par la synchronisation. La synchronisation est le processus d'utiliser son corps de façon analogue à celle du patient. Elle crée une profonde harmonie inconsciente entre le thérapeute et le client. Le rapport est créé aussi par la vision positive inconditionnelle, qui représente une acceptation inconsciente des systèmes de croyance du client quels qu'ils soient.
  2. L'acuité sensorielle :
    C'est la capacité d'être attentif à tous les signaux sensoriels émis par le client. C'est la compétence qui va permettre de calibrer le reflet comportemental de certains états internes. Le calibrage a deux fonctions: détecter la réponse du client à notre façon d'être et détecter la valeur d'un symptôme.

Choix des symptômes caractéristiques

Nous en arrivons maintenant au coeur du problème spécifique à la démarche homéopathique : le choix des symptômes caractéristiques, le fameux "feeling". Au fait, savez-vous qui a dit : « Sans un bon examen, pas de bon symptôme, sans bon symptôme, pas de feeling, sans feeling, pas de remède ! » (Docteur Demangeat)(3). Il faut donc posséder un art d'interroger adéquat, de bons symptômes, et du feeling. Le choix des symptômes suppose la mémorisation des critères de choix propre à la démarche homéopathique. Je ne reviens pas là-dessus. Voici deux compétences nécessaires pour opérer ce choix :

  1. Calibrage :
    Cela sert à observer la valeur d'un symptôme au moment où l'exprime le client. Un patient de 75 ans m'avait dit au milieu d'une foule d'autres symptômes: « Quand on me réconforte, ça me fait du bien » mais, lui ne l'a pas dit n'importe comment, en même temps son visage avait rosi, sa voix avait changé d'intonation, et ses yeux s'étaient mis à briller. Ce symptôme m'a conduit à Pulsatilla.
  2. Voir la forêt car les arbres peuvent cacher la forêt :
    Je me rappelle une cliente qui m'avait pris une bonne heure et demie, pour laquelle j'avais de nombreux symptômes. Au bout du compte, j'avais pêché de-ci, de-là deux ou trois symptômes, effectué une répertorisation sans grande foi.
    Évidemment, pas de résultats. Il se trouve que j'avais adressé cette cliente à un confrère pneumologue, voici de début de sa réponse :

    Cher ami,

    Merci de m'avoir permis d'examiner Madame C., qui présente cette bronchopathie traînante. Particulièrement logorrhéique, cette femme de 72 ans ne semble pas avoir d'antécédent pathologique notable, mais en contournant, non sans peine, ses incessantes sucreries verbales, on parvient à retenir la notion d'une toux etc.

    En lisant la lettre, je me suis dit : « les arbres ont bien caché la forêt », le pneumologue a été frappé par l'essentiel : la logorrhée, alors que mon esprit d'homéopathe, déformé par l'analyse, s'est perdu parmi les arbres. Le remède était évidemment Lachesis.

Comment développer cette qualité ? Vous n'êtes pas sans savoir que le cerveau gauche est celui de l'analyse tandis que le droit est celui de la synthèse. Et bien, c'est justement à notre cerveau droit que nous allons faire appel pour ce travail. Dans notre société, le cerveau gauche est privilégié, ne dit-on pas de quelqu'un d'incompétent qu'il est gauche, le côté gauche du corps étant commandé par l'hémisphère droit ?

Toutes nos études ont hypertrophié l'hémisphère gauche, et pourtant en tant qu'homéopathes nous avons fort besoin de notre cerveau droit. Le fonctionnement de l'hémisphère droit correspond à un état de conscience particulier. Ce fonctionnement est celui qui est privilégié par tous les artistes, et le dessin est un art qui nous fait développer l'acuité sensorielle et le fonctionnement analogique.

D'ailleurs, savez-vous ce que disait Hahnemann ? (4) : « Nous avons besoin aussi de l'art du dessin, qui exerce notre vue, et par suite nos autres sens, à saisir les véritables traits des objets, à les représenter tels qu'ils s'offrent à nous, sans que l'imagination y ajoute rien... »

Choix du remède analogue

Si l'on a mémorisé des remèdes et qu'on les connaît de façon intime dans leur essence, une fois les symptômes choisis, le choix sera aisé et consistera principalement en une série de tests comparatifs éliminant ce qui est différent ou proche pour tomber sur ce qui est semblable, le similimum. je ne sais pas si vous connaissez votre réaction intérieure à ce moment mais j'aimerais vous inviter maintenant à y porter attention.

Pourriez-vous vous rappeler le dernier cas où vous étiez absolument sûr d'avoir trouvé le bon remède ? À ce moment, comment savez-vous que votre choix est complètement satisfaisant ?

Conclusion

La PNL est un outil qui est susceptible d'intéresser l'homéopathe dans le but d'améliorer son rapport avec le client, d'affiner son acuité sensorielle, d'optimiser la qualité des symptômes recueillis, d'avoir une vision plus large dans le but de sélectionner les symptômes les plus caractéristiques, pour aboutir au choix du similimum.

Pour la PNL en français : Grinder et Bandler (éd.), Les secrets de la communication.

Notes :
(1) Gibson Miller, "Comparatives values of symptoms in the selection of the remedy", The Homœopathician, April 1912, pp. 145-157.
(2) J. Grinder, R. Bandler, "The structure of magic", Science and behavior books, vol. 1, 1975, vol. 2, 1976, Palo alto.
(3) Le" Feeling", Cahiers du Groupement Hahnemannien, 23, n°8, 1986, pp. 437-444.
(4) S. Hahnemann, Traité de Matière Médicale, t. I, p. 59, Similia, Paris.