Effet Pygmalion

L’effet Pygmalion met en évidence notre capacité à influencer l’autre pour obtenir ce que nous prévoyons. Seulement, comment utiliser cette puissance étonnante liée au fonctionnement de notre cerveau avec sérénité et sans culpabiliser ? La PNL permet de déployer efficacement ce pouvoir personnel. Mais comment utiliser ce potentiel avec intégrité ?

C’est ce que je vous propose de partager dans cet article.

Qu’est ce que l’effet Pygmalion ?

D’après la légende, Pygmalion était un sculpteur de l’antiquité grecque qui a épousé une de ses statues devenue vivante.

L’effet qui porte son nom est souvent présenté comme étant une prophétie auto réalisatrice.

C’est en 1948, que Robert Merton, sociologue américain, en donne une définition avant d’en décrire les mécanismes. Il précise qu’une prophétie auto réalisatrice est « au début une définition fausse de la situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie ».

Deux ans plus tard, un psychologue américain, Robert Rosenthal, met en évidence l’impact des attentes de ses étudiants sur l’aptitude des rats à trouver la sortie d’un labyrinthe.

Au printemps 1964, le même Rosenthal et Leonore Jacobson, directrice d’école, mènent une expérience dans une école primaire pour valider la puissance des prophéties auto-réalisatrices des enseignants sur les enfants. Ils publient les résultats de leurs travaux, en 1966, dans la revue « Psychological Reports » et, en 1968, dans leur livre « Pygmalion à l’école ».

Leur expérience basée sur de faux tests d’intelligence a montré que les enfants qui avaient le plus progressé en cours d’année étaient ceux à qui on avait attribué les plus grandes facilités au départ, et ce, de façon arbitraire ! C’est fou, non ?

Pour résumer, l’effet Pygmalion représente notre capacité à influencer le résultat pour qu’il soit conforme à nos attentes vis à vis de l’autre. Il repose sur 2 aspects : prévoir le futur et avoir la conviction que notre interlocuteur sera comme nous l’avons imaginé.

Le cerveau : une machine à prévoir

De nombreux scientifiques ont démontré que le cerveau élabore des hypothèses à partir des informations sensorielles qu’il reçoit en permanence. Alain Berthoz, neurophisiologiste, n’hésite pas à dire que « le cerveau est avant tout un prédicteur ». Stanislas Dehaene, psychologue cognitif, propose même un nouveau cadre théorique basé sur les statistiques bayésiennes. Ce cerveau ainsi conçu comme un système prédictif serait « une machine probabiliste ».

Par conséquent, notre cerveau ne peut pas ne pas prévoir.

En revanche, une prévision qu’elle soit vraie ou fausse va se retrouver dans nos pensées, notre attitude, l’intonation de notre voix, nos émotions, nos gestes, notre regard, nos phrases, nos meta programmes et nos présupposés linguistiques. Nous transmettons donc à l’autre de façon verbale et non verbale les idées que nous nous faisons de lui. Sans nous en rendre compte, notre cerveau va chercher à valider ses impressions du départ même si elles sont fausses.

En PNL, pour contourner cette tendance, nous allons développer des savoir-faire spécifiques. Pour cela, on apprend tout d’abord à :

  • Prendre conscience de ses interprétations
  • Vérifier ses impressions

Prenons conscience de nos interprétations

Tout d’abord, il me paraît nécessaire de noter qu'interpréter est humain et que nous ne pourrons pas supprimer ce fonctionnement de façon définitive.  

Cependant, grâce à la PNL, nous apprenons à ne pas interpréter suivant les situations. Pour cela, nous commençons par distinguer ce qui est observable du sens que nous donnons à nos observations.

Cette distinction n’est pas toujours simple. Beaucoup de personnes vont avoir des certitudes à propos de leurs interprétations sans savoir ce que leur cerveau a observé pour en arriver à ces conclusions. Par exemple, on va entendre des expressions comme « j’ai bien vu qu’elle était stressée », « je vois que tu m’en veux » ou « il a un regard triste, ça se voit ».

Dire qu’une personne rougit, qu’elle nous regarde fixement ou qu’elle a les bras croisés, c’est observable car chaque personne présente peut le valider. C’est donc incontestable.

Par contre, si quelqu'un dit d’elle qu’elle est gênée, qu’elle a un regard suspicieux ou qu’elle est fermée, là, il est entrain d’interpréter ce qu'il a vu.

Pour revenir à l’effet Pygmalion, le risque est de laisser notre cerveau nous démontrer que nos interprétations sont vraies alors qu’elles sont, dans beaucoup de cas, de fausses hypothèses au sujet de l’autre.

En travaillant la précision de ses observations, on prend conscience de ses jugements et de ses mécanismes interprétatifs pour, ensuite, s’en détacher.

Vérifions nos impressions

Une impression n’est pas bonne ou mauvaise en soi. Par contre, elle devient un problème si nous la considérons comme une vérité plutôt que comme une hypothèse.

Pour ne pas tomber dans le piège de l’effet Pygmalion, il est impératif de vérifier ses impressions et de savoir les remettre en question suivant la réponse de l’autre.

Par exemple, si une personne nous paraît stressée, nous faisons ce qu’on appelle en PNL une lecture de pensée. C’est comme une « divination » au sujet de ce que l’autre pense ou ressent. Dans ce cas, nous avons intérêt à vérifier notre hypothèse en lui demandant, par exemple, « Comment vous sentez-vous ? ». La pratique du meta modèle de la PNL permettra ensuite de comprendre l’autre tel qu’il est plutôt que comme notre cerveau l’imagine.

Par principe en PNL, nous considérons que la réponse de l’autre est vraie pour lui. Si nous ne le croyons pas, nous instaurons alors une relation de méfiance qui risque de ne pas faciliter les futurs échanges. Pire, si nous cherchons à le convaincre que nous avons raison à propos de son vécu, nous lui montrons que nous ne l’acceptons pas tel qu’il est.

Une autre façon de vérifier ses impressions consiste à observer finement les indicateurs non verbaux de son interlocuteur et de les comparer avec ceux déjà validés à d’autres moments.

Quand une personne dit « Je ne suis pas en forme », son état est associé à des signaux non verbaux comme des gestes, des mimiques, un changement de coloration sur son visage, des modifications au niveau de son faciès, une variation de son rythme cardiaque, un changement de tonalité de sa voix, etc. Ces quelques informations nous donnent une cartographie non verbale qui reflète ce qu’elle est entrain de vivre.

Si, dans une autre situation, nous observons ces mêmes indicateurs non verbaux, plutôt que d’interpréter son état, nous pouvons en déduire que cette personne n’est certainement pas en forme. Cette supposition pourra être vérifiée avec quelques questions pour éviter les erreurs d’interprétations.

Une des richesses de la PNL est qu’elle ne nous impose pas de traductions toutes faites. D’ailleurs, une typologie universelle sur la nature humaine irait à l’encontre de ses postulats et renforcerait nos mécanismes interprétatifs déjà très ancrés dans le fonctionnement de notre cerveau.

Nous ne pouvons pas ne pas avoir d’impact sur l’autre

L’effet Pygmalion met en évidence l’influence d’une personne sur le résultat d’une autre. Les résultats de l’expérience de Rosenthal et Jacobson montrent même que cette influence semble plus forte vis à vis des enfants en bas âge (élèves de CP et de CE1).

On comprend facilement que si nous nous attendons à ce que l’autre progresse, nous n’allons pas générer la même relation ni la même communication que si nous pensons qu’il va régresser. Ceci fait que nous ne sommes pas complètement neutres dans le résultat obtenu.

Maintenant, pour chercher à satisfaire une attente vis à vis de l’autre, en PNL, nous allons la traduire en objectifs qui ne dépendent que de nous.

On peut imaginer que, dans l’expérience de Rosenthal et Jacobson, les enseignants ont mené des actions concrètes, ils ont parlé d’une certaine façon, ils ont eu des attitudes cohérentes avec leurs attentes vis à vis des élèves.

En traduisant chaque objectif par une représentation sensorielle claire et contextualisée,  notre cerveau s’imprègne de ce que nous voulons entreprendre pour aller dans le sens de nos attentes.   

Grâce à cette déclinaison de nos attentes en objectifs, nous nous donnons les moyens de mesurer l’impact de nos actions sur le résultat obtenu. A partir des enseignements que nous en retirons, il est toujours possible d’affiner notre démarche d’objectifs pour maintenir le cap de nos attentes.

Donnons de la force à nos convictions

L’effet Pygmalion repose aussi sur des convictions concernant l’autre. Dans l’expérience de Rosenthal et Jacobson, les enseignants n’ont pas dû remettre en question la validité des tests soi-disant scientifiques du psychologue.

Une conviction ne se crée pas uniquement par des données extérieures. Pour la rendre incontestable, une conviction se construit à partir d’une multitude de données comme nos valeurs, nos décisions, nos croyances, nos pensées, nos buts, nos souvenirs, nos meta programmes, nos ressources. La création de ces ramifications internes et cohérentes ancre la conviction au plus profond de nous.

Avec cette cartographie personnelle, nous nous auto persuadons et nous devenons autonomes dans le choix de nos convictions.

Quand on associe objectifs et convictions, on obtient alors 2 moteurs pour se mobiliser et se rapprocher de ses attentes : Les objectifs tracent le chemin à parcourir, les convictions donnent l’énergie pour persévérer. Dans ce cas, nous prenons en main notre futur.

Comment influencer avec intégrité ?

En PNL, nous considérons la communication comme une interaction. On peut alors dire que nous ne pouvons pas ne pas influencer l’autre.

Par exemple, les mots que nous prononçons vont forcément générer des représentations sensorielles chez l’autre. Pour le vérifier, demandez à votre interlocuteur de « ne pas s’imaginer à la plage » et il s’y trouve déjà …. dans sa tête !

Et que dire de nos gestes, notre regard, nos attitudes, le timbre de notre voix que l’autre va très souvent interpréter à sa façon.

Alors, pourquoi ne pas utiliser ce pouvoir d’influencer que nous avons tous ?

Notre capacité à influencer vient de nos intentions vis à vis de soi et des autres. En devenant conscient de ses intentions, on se donne les moyens d’obtenir ce que l’on veut.

Les postulats de la PNL permettent de développer des relations basées sur le respect et l’acceptation de la différence. Pour autant, la PNL n’est pas dogmatique. Elle n’impose pas de vérités toutes faites. Elle donne la liberté à chacun d’établir sa propre morale en cohérence avec soi-même.

De ce fait, la PNL nous met face à nos responsabilités. Elle nous laisse libre de définir les règles que nous voulons respecter en accord avec nos valeurs, nos convictions, nos croyances, les missions que nous voulons réaliser. C’est en se respectant soi-même tout en respectant l’autre que l’on influence avec intégrité.

Seulement, pour rester aligner avec ses aspirations profondes, il est souvent nécessaire de travailler sur soi, sur ses peurs, ses conflits intérieurs, son estime de soi, ses croyances, ses présupposés linguistiques. La quantité de travail qui nous attend est proportionnelle aux exigences que nous nous donnons. Pour autant, on n’est pas à l’abri d’une erreur, ce qui représentera une nouvelle piste de travail pour se rapprocher de la congruence.

Pour rester aligner avec ses intentions, il est aussi utile de se développer du choix dans sa façon de penser, de percevoir les choses, de satisfaire ses critères, de gérer ses émotions et de communiquer aussi bien sur le plan verbal que non verbal. Pour cela, celle et ceux qui pratiquent la PNL savent que la PNL est un petit bijou. Grâce au choix que nous développons, nous pouvons garder le cap de ce que nous voulons en tenant compte des réactions de l’autre.

Plus notre pouvoir d’influence et de persuasion augmente, plus notre responsabilité vis à vis de l’autre devient grande. Pour que ce pouvoir personnel aide l’autre à progresser (si il en fait la demande, bien sûr !), il est nécessaire d’avoir conscience de ses limites et de ses incompétences. Ce regard sur soi devient le point de départ d’un nouvel apprentissage qui nous permet nous-aussi de progresser.

« Et les personnes mal intentionnées ? » me direz-vous.

En pratiquant la PNL, nous repérons très vite si l’intention de l’autre est bonne ou mauvaise pour nous. On peut alors en tenir compte pour réagir comme on veut. En d’autres termes, la PNL nous donne les moyens de ne pas être manipulable à notre insu. 

Et pourquoi ne pas manipuler avec efficacité ?

De nos jours, le mot « manipulation » est souvent connoté négativement car on lui associe de la tromperie à l’insu de l’autre. Dans de nombreux dictionnaires, « manipuler » revient à « manœuvrer, manier avec soin, soumettre à diverses opérations ou traitements ».

Il est vrai que la PNL et ses outils nous donnent la capacité à modifier les représentations mentales qui nous dérangent et qui nous limitent. Les changements que nous réalisons rendent alors possible ce qui nous paraissait au départ inaccessible.

Si une personne a peur de parler en public, elle apprendra en PNL à manipuler ses propres représentations subjectives afin d’être à l’aise face à son public.

En apprenant à transformer ses représentations, on apprend aussi à changer les représentations des autres. Et là, la question d’éthique se pose pour toutes personnes qui prétendent aider les autres.

En psychothérapie par exemple, le thérapeute va utiliser les outils PNL pour aider son client à modifier ses représentations subjectives qui génèrent ses souffrances et son mal être.

Juste écouter une personne parler de son problème n’influence que très peu sa vision du problème. Pire, écouter sans rien dire risque de la conforter dans ses difficultés.

Il arrive pourtant que certaines personnes en souffrance n’arrivent plus à modifier elles-mêmes leurs visons subjectives pour aller mieux, tellement elles sont renfermées dans leurs prismes et leurs certitudes qui génèrent leur mal-être.

Dans ce cas, le psychothérapeute doit intervenir pour arriver à changer les représentations de son client, en respectant un cadre éthique bien sûr. Sans manipulation, il est alors illusoire de penser que la personne va sortir de son mal être. 

On pourrait même définir l’efficacité d’une thérapie par la rapidité du thérapeute à manipuler les représentations de son client pour qu’il aille mieux.

Pour conclure …

L’effet Pygmalion représente à la fois un danger et une force.

C’est un danger si, sans nous en rendre compte, notre cerveau influence le résultat de l’autre à partir de fausses hypothèses et l’oriente vers des solutions néfastes pour lui.

L’effet Pygmalion se transforme en force quand nous utilisons consciemment notre système prédictif, nos convictions et notre pouvoir d’influence pour aider l’autre à avancer dans le respect de ce qu’il veut.

La PNL est, sans conteste, un outil puissant. Les personnes qui l’utilisent ont entre leurs mains un moyen performant qui permet de se développer facilement et d’aider les autres rapidement. A chacun à le manier avec discernement pour progresser et faire progresser.

 

Olivier Zenouda
Enseignant certifié en PNL